Les entreprises du secteur du papier et des produits de la filière bois passées au crible de l’analyse RSE par DEXIA AM

Le secteur du papier et des produits de la filière bois englobe les activités de l’économie forestière, la transformation du bois, la production de pâte et de papier, ainsi que l’emballage. Bien que ce secteur soit caractérisé par une intégration verticale avec des entreprises impliquées dans des activités en aval, en plus de la distribution et de la vente, la configuration générale des activités peut se présenter très différemment, selon qu’une société possède ses propres forêts ou utilise des quantités significatives de papier recyclé.

Le secteur est dominé par les entreprises européennes et américaines. Rien qu’en Europe, les industries de la filière bois représentent environ 10 % de la valeur totale de la production manufacturière européenne, de sa valeur ajoutée et de sa main d’oeuvre, employant directement 2,6 millions de personnes.1

Cependant, depuis l’année 2000, l’industrie papetière fait face à des baisses de prix, essentiellement liées à une surcapacité qui incite les entreprises à adopter des mesures de réduction de coûts, de restructuration et à moderniser leur processus de fabrication. De ce fait, le marché est de plus en plus concentré. Au Japon par exemple, l’industrie papetière comprenait en 1992 neuf entreprises contrôlant 69 % du marché, et en 2005, cinq entreprises contrôlaient 74 % du marché. Dans le même temps, l’industrie du cartonnage a connu une phase de consolidation similaire.

La capacité d’innovation est déterminante pour les entreprises du secteur. Confrontées à un environnement de plus en plus concurrentiel, les sociétés ont la possibilité de développer leurs activités dans le recyclage du papier. Une façon d’innover consiste à développer des biocarburants d’origine cellulosique, devenant ainsi fournisseur de matières premières pour le secteur de la bioénergie, cette production n’entrant pas en concurrence avec les sources d’approvisionnement agricole.

De nombreux défis environnementaux de différentes natures

S’il est vrai que l’absorption de dioxyde de carbone (CO2) par l’économie forestière peut, dans une certaine mesure, compenser les émissions de gaz à effet de serre produites pendant le processus de production, le transport et la distribution de papier, l’énergie et le changement climatique restent des enjeux sérieux dans le secteur.

Tout d’abord, la production de pâte à papier et de papier est considérée comme une activité fortement consommatrice d’énergie à tel point que les coûts de l’énergie peuvent représenter jusqu’à 25 % du total des coûts de production. Par ailleurs, on estime que l’industrie papetière et de l’imprimerie est à l’origine de 1,05 % des émissions globales de gaz à effet de serre.

Comme on peut s’y attendre de la part d’une industrie fondée sur l’exploitation de la forêt, l’utilisation de la biomasse comme source d’énergie est courante. Dans l’UE, ce type de sources d’énergie engendrées par la forêt2 contribue pour environ 19 % de la production totale d’énergie renouvelable et à 33 % de la production totale de bioénergie.3 La plus grande part de cette énergie est utilisée par les entreprises papetières et forestières elles-mêmes pour fournir la chaleur et l’électricité nécessaires à leur processus de production.

L’eau est un autre élément clé pour le secteur, particulièrement pour les producteurs de papier. En fait, l’industrie de la pâte et du papier se classe au second rang des plus gros utilisateurs d’eau douce en Europe.4 De plus, le coût de l’eau douce et celui de l’évacuation des eaux usées peuvent représenter jusqu’à 10 % des coûts de production.5 De ce fait, dans ce secteur d’activité, la consommation d’eau et le rejet des eaux usées sont des enjeux majeurs sur le plan du développement durable, qui soulèvent des questions relatives à la pollution, aux implications sur la biodiversité, tout comme des inquiétudes concernant la concurrence entre les papeteries et les autres parties prenantes concernant l’acquisition des droits d’extraction de l’eau. La pollution de l’eau provient des rejets issus du processus chimique de fabrication de la pâte à papier et du processus de désencrage qui consomme de grosses quantités d’eau et rejette d’importants volumes d’eaux usées.

 

De plus, l’utilisation du chlore comme agent de blanchiment a également été longtemps un motif d’inquiétude. De nos jours, le recours à des techniques de blanchiment écologiquement plus saines permet de réduire notablement les rejets de chlore élémentaire, lesquels sont hautement polluants. Deux méthodes se sont imposées : le blanchiment sans chlore (aucune utilisation de chlore) et le blanchiment sans chlore élémentaire, la pâte étant alors blanchie à l’aide de dérivés du chlore comme le dioxyde de chlore, l’ozone ou le peroxyde d’hydrogène.

Les entreprises qui optent pour le procédé sans chlore réduisent non seulement leur exposition au risque de durcissement des contraintes réglementaires en la matière, incluant les appels à une interdiction totale de l’utilisation du chlore, mais se placent également dans une position enviable pour tirer parti d’un avantage concurrentiel, puisque les consommateurs montrent une préférence pour les produits du papier dotés de bonnes références environnementales. Aujourd’hui, le papier utilisant le procédé sans chlore élémentaire est dominant, particulièrement en Europe, et représentait une part de marché proche de 85 % en 2005.6 Par conséquent, les défis environnementaux de longue portée et les plus importants concernent :

• L’énergie et le changement climatique
• La consommation d’eau et les rejets qui en résultent

En quoi consiste la gestion durable de la forêt ?

Une économie forestière responsable a été historiquement le champ d’action privilégié des ONG. Toutefois, on a constaté plus récemment un infléchissement des préférences des consommateurs en faveur des produits certifiés, concomitamment à l’introduction de politiques de développement durable en matière d’achat de papier et de bois chez les clients commerciaux. Les principaux enjeux portent sur l’approvisionnement en bois en provenance de forêts certifiées en toute indépendance, le respect de la biodiversité et la défense de pratiques sociales. Aujourd’hui, la gestion forestière durable peut être certifiée par une multitude de programmes de vérification externe, le plus largement reconnu étant peut être celui du Forest Stewardship Council (FSC).7 Si l’on estime que le coût moyen de la gestion forestière durable contribue à augmenter de 8 à 20 % le coût du bois sur pied8, il est désormais largement admis qu’une mauvaise gestion de la forêt peut mettre en péril l’accès durable à une matière première de qualité et qu’elle risque fortement d’entamer la réputation de l’entreprise, avec les pertes financières qui en découlent liées aux attentes des consommateurs.

De nombreuses sociétés du secteur n’étant pas toujours directement impliquées de façon significative dans les activités forestières, les pratiques environnementales de leurs fournisseurs revêtent une importance particulière. Par exemple, la corruption peut se révéler être une pratique courante dans l’approvisionnement et la fourniture de bois, matière première du processus de transformation en pâte et en papier. Elle peut prendre la forme de pots de vin dans l’organisation de concessions forestières ou de ventes de grumes en-dessous des prix du marché, favorisant des clients ou prestataires de services sélectionnés et surfacturant les services achetés auprès de ces prestataires.

L’aspect peut-être le plus connu et débattu de la corruption est celui de l’abattage illégal, dont les implications néfastes sont considérables. Si l’on met de côté la dégradation de l’environnement provenant d’activités mal gérées couplées à la disparition de certaines espèces animales et végétales, l’abattage illégal se traduit par des pertes de recettes majeures pour les gouvernements et une réduction des revenus à long terme et de la sécurité pour les communautés locales vivant en forêt. La Banque Mondiale estime que, dans les pays moins développés, l’abattage illégal pratiqué sur des terres publiques engendre des pertes en actifs et en revenus dépassant 10 milliards USD par an.9 Par conséquent, la société civile est concernée, et les entreprises du secteur trouvent là une opportunité pour développer de meilleures pratiques dans leurs relations avec les administrations publiques et avec les communautés. À l’évidence, les bonnes pratiques contribuent à assurer la sécurité des approvisionnements en matières premières légitimes, à sécuriser l’autorisation de travailler avec ce type de communautés, et à sauvegarder les contrats avec les clients qui sont de plus en plus nombreux à stipuler ce type d’exigences pour les produits qu’ils achètent.

En outre, assurer des relations à long terme avec les fournisseurs de bois devient essentiel. Les politiques gouvernementales ont, en effet, évolué en vue de promouvoir des énergies alternatives à base de bois comme sources d’énergie10, et la désignation des forêts existantes comme zones de conservation les rend de ce fait inéligibles à la coupe. Par exemple, depuis 2005, les politiques d’énergie renouvelables de l’UE ont encouragé les subventions pour l’utilisation du bois comme source d’énergie renouvelable plutôt que comme simple matière première. Ceci va incontestablement accroître la concurrence dans le secteur.

Ainsi, la gestion durable de la forêt n’est pas exclusivement liée au respect de l’environnement. D’autres parties prenantes, comme les fournisseurs du secteur et la société au sens large, sont concernées par les problèmes suivants :
• Relations et pratiques environnementales avec les fournisseurs
• Relations avec les administrations publiques
• Interactions avec les communautés

La question des RH fait la différence

Compte tenu du caractère cyclique de cette industrie, le secteur est actuellement manifestement en phase de consolidation en raison de surcapacités. De ce fait, le dialogue avec les employés sur des problématiques comme la rémunération et la gestion du changement n’est pas dénué d’importance. Par exemple, la fréquence des conflits de travail et des grèves dans le secteur du papier et des produits de la filière bois a été importante au cours de ces dernières années. On peut citer : Sappi en Belgique (juillet 2006) en raison de suppressions d’emplois annoncées, Metsa-Botnia en Uruguay (juillet 2006) sur les conditions sanitaires et de sécurité sur le site, Stora Enso au Canada (juin 2006) à propos des conditions de travail et de la sous-traitance, et International Paper en Grande-Bretagne (avril 2006) sur les rémunérations.11

De plus, les conséquences financières peuvent s’avérer substantielles : en 2005, le coût de la grève de sept semaines dans l’industrie papetière en Finlande qui concernait les salaires et les droits aux congés est estimé à 40 millions EUR (27 millions GBP) par jour en chiffre d’affaires manqué.12

Il s’ensuit que les questions ci-après relatives aux salariés peuvent aussi être source de risque et que les opportunités dépendent de la façon dont elles sont gérées :
• Dialogue avec les employés
• Gestion du changement
• Rémunération

Pratiques commerciales déloyales

En outre, il est couramment admis que les pratiques anticoncurrentielles sont fréquentes, surtout dans l’industrie du papier. La fixation des tarifs entre sociétés fausse la régulation des prix et peut avoir un impact négatif sur la structure du marché. Si une entreprise est suspectée de se livrer à de telles pratiques, elle peut se retrouver condamnée à de lourdes amendes, s’accompagnant d’une perte de sa cote d’estime. Par exemple, dans la législation européenne, la Commission peut imposer des amendes pour infraction à la réglementation anti-cartel, lesquelles peuvent représenter jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise

En dépit des efforts des autorités pour éradiquer de telles pratiques, de nombreux exemples d’investigations et d’amendes ont été relevés au cours des dernières années. En janvier 2006 par exemple, le géant du papier canadien Domtar a plaidé coupable pour entente illégale sur les prix des feuilles sans carbone et a accepté de payer une amende de 10 millions USD représentant environ 3 % du résultat net de la société. Nous sommes persuadés que la vigilance sur ce sujet perdurera dans un avenir proche, les instances nationales et internationales restant déterminées à s’assurer que les marchés fonctionnent librement et loyalement.

Par conséquent, en relation directe avec les consommateurs de papier et le secteur des produits de la filière bois, un problème lié au développement durable domine, à savoir :
• Les pratiques anti-concurrentielles

En conclusion, la pertinence des problèmes liés au développement durable constitue un élément fondamental du processus d’analyse RSE de Dexia AM. Le secteur du papier et des produits de la filière bois est particulièrement concerné par les défis environnementaux, mais les relations avec les fournisseurs et les salariés, la confrontation avec la corruption, de même que la fixation loyale des prix demeurent au premier plan ; il en est ainsi également pour la gouvernance d’entreprise affectée d’une forte pondération dans tous les secteurs. Au cours du processus d’analyse, les entreprises d’emballage et de conditionnement sont également incluses dans le secteur étudié, les problèmes liés au développement durable auxquels elles sont confrontées étant jusqu’à un certain point similaires.

La sélection finale de Dexia AM englobe donc des entreprises papetières, de l’économie forestière, d’emballage et de conditionnement.
 

Sources et commentaires :

1 European Commission, ‘Forest-Based industries’, http://ec.europa.eu/enterprise/forest_based
2 Ils consistent en grumes, résidus et sous-produits de fibres de bois incluant la biomasse forestière à rotation rapide, résidus d’exploitation, copeaux, liqueur noire et boues.
3 European Commission, ‘Forest-Based industries’, http://ec.europa.eu/enterprise/forest_based/313_en.html
4 Voir par exemple : Europa, 2001, ‘Research for sustainable production – the pulp and paper industry’, http://ec.europa.eu/research/press/2001/pr2906en.html 
5 Voir par exemple : www.industry.siemens.com/paper/en/news/news_all.htm?lang=1&newsid=1785
6 Rapport de l’Alliance for Environmental Technology (AET), août 2006
7 En Europe, environ 28,5 % des zones forestières sont déjà certifiées, comparés à environ 6,7 % aux USA. Aujourd’hui, les produits certifiés FSC sont estimés représenter environ 5 % du marché en Europe de l’Ouest. Ils génèrent 0,5 milliards de dollars aux USA, mais avec une croissance estimée à 100-150 % par an (Greenpeace, www.greenpeace.org/international/campaigns/forests/amazon/amazon-and-sustainable-forestr)
8 Commission européenne, ‘Forest-Based industries’, http://ec.europa.eu/enterprise/forest_based/311_en.html; et WBCSD, ‘A changing future for paper’
9 Banque Mondiale, 2006, d’après : WWF, ‘Economic costs of illegal logging’, www.panda.org/about_wwf/what_we_do/forests/problems/illegal_Logging/economic_costs__illegal_logging/index.cfm 
10 notamment le chauffage au bois
11 Voir par exemple : ICEM, www.icem.org/en/19-Pulp-Paper; AFX International Focus, 11 July 2006, ‘Metsa-Botnia’s Uruguay mill site workers resume work after week-long strike’; Reuters News, 21 June 2006, ‘Stora Enso, union end Canadian mill dispute’
12 BBC News, 1er juillet 2005, ‘Costly Finnish paper strike ends’, http://news.bbc.co.uk/1/hi/business/4642867.stm

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