Notre enquête pour comprendre et bien utiliser Vélib'
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Témoignages de vélibistes
Velib': les dessous du business
"J'ai proposé au Maire un système de vélo en libre-service", Denis Baupin, Mairie de Paris
"Paris est le vitrine mondiale du vélo en libre-service", Albert Asseraf,JCDecaux
"Une opération pilotée sans concertation avec les associations", Philippe Colomb, Vélorution
Tour des autres villes: le vélo citadin en libre-service fait des émules
- Etyc.org : Bonjour Philippe Colomb. Pourquoi si longtemps pour l’arrivée du vélo en libre-service à Paris ?
- Philippe Colomb : Pourquoi a-t-il fallu attendre aujourd’hui pour faire du vélo ? On ne convertit pas les gens par des grands discours, faut les mettre en selle. Après ils roulent.
Avant c’était ringard, crétin d’être à vélo. C’est assez comique de voir que les médias découvrent subitement qu’on peut faire du vélo à Paris. En tout cas ça devient à la mode. Et pour être « dans le coup », certains ressortent leurs vieux vélos des caves et greniers. Ca nous réjouit. On reste optimiste. Si les gens apprécient le vélo, ils finiront par acheter leur propre bicyclette.
Mais c’est dommage qu’une opération de cette ampleur ait été pilotée sans concertation avec les associations. Il aurait fallu plus d’accompagnement, de prévention.
Les utilisateurs de Velib’ ne sont pas vraiment responsables. Il y a l’idée de la perte de valeur d’autonomie qu’il peut y avoir par rapport au vélo. C’est trop facile : on le prend, on le repose. Avec la prestation de service, on ne l’entretient pas soi-même. Et ça se ressent sur les comportements.
- Vous trouvez que la réponse de la Préfecture n’est pas à la hauteur ?
- Le seul moyen trouvé c’est la répression. La Préfecture de police est psychorigide pour mettre le hola à toutes les dérives. Elle privilégie la fluidité automobile et le respect des règles de la route. On n’est pas contre le respect du code de la route, c’est important. Mais la Préfecture de police n’a jamais vraiment été intéressée par la sécurité réelle des cyclistes, elle ne s’est pas inquiétée du sentiment d’insécurité des cyclistes. Elle manque de missions dans ce sens. Elle reste dans l’aspect purement administratif de sa fonction.
Elle se préoccupe d’arrêter les cyclistes qui roulent sur la place de l’Hôtel de ville. Mais a tacitement accepté la présence des deux roues motorisés sur les pistes cyclables. Alors que ça stresse les cyclistes, c’est dangereux.
On n’a jamais vu un cycliste renversé parce qu’il dépassait un feu rouge. Je ne dis pas que ce comportement est acceptable. Mais les accidents cyclistes viennent plutôt du comportement des autres. Les poids lourds, par exemple, qui veulent tourner à droite, sans se préoccuper des cyclistes éventuels qui rouleraient sur la file de droite.
- Que pensez-vous du rapport entre le vélo et la publicité ?
- Ce qui nous paraît important de souligner c’est que sur les questions environnementales, quand on avance d’un pas, on recule de deux. Le vélo, avec la prolifération de la pub, on regrette ça. Ca nous chiffone en tant qu’association de vélos. On oublie de prendre en compte les panneaux publicitaires dans le bilan écologique. Et ils les ont tous changé d’un coup. Ca fait beaucoup d’énergie tout ça.
Mais il faut dire ce qu’il est et ne pas critiquer à tout prix. Velib’ est un bon produit par rapport aux objectifs fixés par JCDecaux. Le système est bien pensé, il est techniquement bon. Les vélos sont bien calibrés.
Le problème c’est que c’est comme avec les logiciels libres. Une fois que Windows s’est imposé, toutes les grandes entreprises s’y sont mises, et c’est devenu la norme. J’ai peur que ça fasse pareil avec Velib’, plus d’utilisation en dehors du système JCDecaux. On est piégé.
Et qu’en sera-t-il quand les contrats seront rompus entre JCDecaux, propriétaire du matériel, et la Mairie de Paris. Les vélos disparaîtront ? Les contrats seront revus à la hausse ? C’est inquiétant.
- En attendant, quelques espoirs ?
- Depuis Velo’v, à Lyon, il y a déjà des remontées importantes de revendications de cyclistes.
Pour Paris, il aura fallu attendre que ce soit la politique de la ville pour étendre les pistes cyclables. Mais au moins là, la municipalité sera obligée de répondre aux revendications croissantes des cyclistes.
Je suis étonné de voir que si peu de pistes on été créées, et de si petite taille. Il faut croire que la Mairie a été assez pessimiste sur le succès de Velib’. Elle n’a pas imaginé un tel flux. Les pistes sont petites. On ne peut pas rouler à deux côte à côte. Il y a même des embouteillages à vélo !
- Comment comptez-vous vous faire entendre ?
- Pour se faire entendre, on organise un grand rassemblement le 22 septembre sur la Place de l’Etoile comme chaque année. C’est en souvenir de la « journée sans ma voiture en ville » européenne. Il ne se fait plus rien à cette occasion en France. Ce jour-là, les cyclistes prennent le pouvoir.
Ca ne fait pas beaucoup rire la préfecture de police. Pour la petite histoire : l’an dernier 60 cyclistes ont été arrêtés. La raison : ils ont eu l’audace de créer un embouteillage sur la Place de l’Etoile un vendredi en fin de journée. C’était un grand délire. Ils ont embarqué les vélos dans des camions puis ils les ont rendu un à un au propriétaire contre signature. Quelle perte de temps ! Je ne savais pas qu’on pouvait être arrêté pour avoir créé un embouteillage.
Cette année on recommence, et on saura rappeler au bon souvenir de la Préfecture que c’est maintenant la politique de la ville.