Les
premiers travaux d’économie préfigurant la notion de taxe
environnementale remontent à 1920, quand l’économiste britannique
Arthur Cecil Pigou publie The Economics of Welfare (« l’économie
du bien-être »), ouvrage dans lequel il traite des « externalités “ou”
effet externe » d’un acte de production ou de consommation. L’auteur
prend pour exemple les escarbilles produites par les locomotives à
vapeur : des morceaux de charbon incandescents qui s’échappent parfois
des cheminées et déclenchent des incendies de forêt ou de champ à
proximité des voies ferrées. Pigou considère qu’une taxe sur les
dégâts, infligée à la société des chemins de fer, inciterait à
l’installation de dispositifs antiescarbilles et permettrait de limiter
les préjudices. Ce raisonnement pose les bases du principe
« pollueur-payeur ».
Quarante ans plus tard, un autre économiste britannique, Ronald Coase, critique les thèses de Pigou. Avec quelques décennies d’avance sur les négociations de Kyoto, il offre un argumentaire en or pour les entreprises polluantes souhaitant échapper aux contraintes des pouvoirs publics et « laisser faire le marché ». Coase conteste l’efficacité des taxes « pigouviennes » au motif qu’elles induisent des coûts de transaction liés à l’intervention de l’Etat. D’après lui, l’optimum économique serait atteint si les victimes des incendies négociaient directement avec la société des chemins de fer. Il prétend que, si une firme possédait les chemins de fer et les zones alentour, elle règlerait d’elle-même le problème par un calcul d’optimisation interne. Selon le théorème de Coase, d’un point de vue économique la définition des droits n’a pas d’importance : il est indifférent de considérer que le propriétaire des champs ou des forêts possède le droit de ne pas être victime d’incendies, ou bien que, à l’inverse, la société des chemins de fer dispose du droit de les provoquer.
Pourtant, dès 1970, face à une pollution atmosphérique persistante, le gouvernement américain décide de fixer des normes très strictes sur les rejets de polluants et révise à cette fin une loi fédérale nommée Clean Air Act. Deux ans plus tard, le Club de Rome, organisation internationale réunissant scientifiques, économistes, fonctionnaires et industriels, publie un rapport, « Les limites de la croissance » (1), qui prévoit un avenir catastrophique si les humains ne prennent pas en compte rapidement la dimension environnementale. L’hypothèse d’une relation entre la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère et le changement climatique émerge ; les débats sur l’effet de serre deviennent de plus en plus présents dans la société...