La goélette "Tara" volontairement bloquée dans les glaces, revient 6 mois plus tôt...


jack.barron

La goélette « Tara », qui s’était volontairement laissée emprisonner par les glaces arctiques, depuis septembre 2006, afin d’étudier l’état de la banquise, est revenue avec six mois d’avance sur son programme, jeudi dernier, dans le port de Longyearbyen au Spitzberg (Norvège). Un retour anticipé dû à l’accélération de la fonte des glaces.

Extrait du journal de bord de l'équipage : "Tara a touché la terre ferme pour la première fois depuis plus de 500 jours.

Jeudi à 19h30, Tara est arrivé dans le port de Longyearbyen au Spitzberg par beau temps dans la nuit permanente qui règne par 78° Nord à cette époque de l’année.

Quelques heures auparavant, Etienne Bourgois, directeur de Tara Expéditions et Jean-Claude Gascard coordinateur du programme scientifique européen Damocles avaient rejoint l’équipage de Tara dans l’Isfjorden à quelques miles nautiques de Longyearbyen. Les retrouvailles ont été chargées d’émotion pour les dix membres d’équipage qui ont allumé des fusées pour l’occasion. Les feux ont scintillé sous une aurore boréale. Grant Redvers, le chef d’expédition n’était pas revenu sur terre depuis un an et demi. Terre qu’il a embrassée en arrivant à quai.

Le soir, toute l’équipe Tara Damocles a prévu de se retrouver, à bord de Tara, autour d’un verre pour fêter cette avant dernière étape de l’expédition et les 35 ans de Grant Redvers, le chef d’expé. Cette escale est surtout une escale technique pour inspecter tous les organes et systèmes du bateau avant qu’il ne reprenne la mer pour la France.

Dans quelques jours, Tara fera route vers Lorient, son port de rattachement qu’il rejoindra le 23 février.

Tara a été délivré de la banquise par 74°08°Nord, 10°04°Ouest le 21 janvier 2008, soit 16 mois après sa prise en glace le 4 septembre 2006."

Une dérive deux fois plus rapide que prévue...

Le voilier « Tara » avait quitté le port de Lorient en juillet 2006 et s’était fait prendre par la glace deux mois après, au large de la Sibérie. La banquise n’aurait dû « normalement » libérer le navire qu’en été 2008, mais « Tara » n’aura finalement pu dériver avec la glace qu’environ 500 jours, soit pratiquement deux fois plus rapidement que prévu par les chercheurs et à une vitesse trois fois plus élevée que celle anticipée par les modèles. Une vélocité qui montre bien à quel point l’épaisseur de la glace s’est amoindrie.

Si les observations et les mesures collectées à Tara et aux alentours permettront d’affiner précisément les causes de certains des phénomènes constatés, des prévisions sont d’ores et déjà possibles. Et elles ne sont pas moins alarmantes. Alors que les modèles prévoyaient la disparition totale de la calotte arctique estivale à l’horizon 2050, les travaux menés par l’équipage de « Tara » montrent que c’est dans moins de dix ans, d’ici environ 2015, que ce phénomène pourrait se produire.