OGM : Mon810, au-delà du retrait, une réelle cacophonie.


jack.barron

OGM, « doutes sérieux », Mon810 , Haute Autorité, Bové, FNSEA... Pas facile de comprendre ce qui se passe sur le front des OGM en ce moment... Le MON810 a été suspendu en France le 11 au soir. Principe de sauvegarde oblige. Mais au-delà du retrait annoncé, c'est la cacophonie qui a eu lieu qui est intéressante...

Revue de presse.

Le Monde :

Vendredi 11 janvier, tard dans la soirée, un communiqué de Matignon annonçait la décision d'activer la clause de sauvegarde sur le maïs transgénique de Monsanto MON 810. Ce maïs destiné à l'alimentation animale étant le seul cultivé en France, le moratoire sur les cultures d'OGM est effectif.

Le gouvernement s'appuie sur les "faits scientifiques nouveaux" invoqués par la Haute Autorité sur les OGM, qui concernent la pollinisation croisée entre les cultures et les effets sur la faune. L'Autorité fait également état d'"interrogations" sur les conséquences environnementales, sanitaires et économiques de la culture du MON 810. "Les doutes sur cet OGM ne condamnent pas l'intérêt de cette technologie pour relever les défis alimentaires et environnementaux", ajoute Matignon. Un plan d'investissement de 45 millions d'euros dans les biotechnologies est annoncé.

La mesure a été saluée par les écologistes. L'altermondialiste José Bové a interrompu sa grève de la faim, commencée le jeudi 3 janvier. Monsanto dispose de quinze jours pour présenter ses arguments, avant la transmission du dossier à Bruxelles. L'Agence européenne de sécurité des aliments devra se prononcer sur le dossier français. La France rejoint l'Autriche, la Hongrie et la Grèce, qui ont également activé cette clause. Le choix du gouvernement intervient après une semaine de confusion.

Libération :

Le maïs OGM n’a pas fini de coller au doigt du gouvernement. Mercredi soir, tout semblait réglé. A l’issue de la dernière réunion d’évaluation du maïs Mon 810 par le comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM, son président, le sénateur Jean-François Le Grand, avait lâché les mots magiques : il y a des «doutes sérieux». Mot pour mot les termes évoqués la veille par Sarkozy comme un préalable pour activer la clause de sauvegarde, qui suspendrait la culture en France. Sauf que ces termes ne figurent pas dans l’avis rendu, comme l’ont déploré hier soir, dans un texte, 14 membres (dont 12 des 15 scientifiques) de la Haute autorité, qui se disent «gênés par le décalage entre l’avis tel qu’ils l’ont rédigé et sa transcription».

L’avis souligne «plusieurs faits scientifiques nouveaux», comme la dispersion du pollen sur de grandes distances, ou des effets toxiques sur certaines espèces. Il évoque aussi des «questions insuffisamment prises en compte dans l’évaluation des impacts», pointant par exemple les limites des tests toxicologiques. Bref, les «informations nouvelles» réclamées par Bruxelles pour une clause de sauvegarde sont là. Mais pas les «doutes sérieux».

Le Monde :

... La décision du comité avait déjà suscité des réactions négatives au sein de la classe politique. Jean-Yves Le Déaut, député PS et ancien président d'une commission d'enquête parlementaire sur les OGM, était arrivé au même constat que les scientifiques signataires, dénonçant une instrumentalisation de la Haute Autorité par l'UMP. "Ni les termes de 'risques sérieux', ni ceux des 'effets négatifs' n'ont été employés dans l'avis", qui n'a en outre "pas été validé", a assuré M. Le Déaut. "L'autorité provisoire a été instrumentalisée pour permettre à l'UMP de passer les municipales 'au chaud'", a-t-il conclu.

Côté UMP, le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, s'est également attaqué à des "verdicts" pris "avec peut-être un peu de précipitation", mais pas pour les mêmes raisons. "Ce n'est pas l'idée que je me fais du fonctionnement d'une démocratie qui doit, sur les avancées scientifiques, s'appuyer sur les connaissances communes de la science de tous les pays de la planète", a expliqué M. Accoyer, estimant que "la pression n'est pas une position acceptable pour les bonnes décisions".

Le Monde :

résumé de la situation en vidéo.

Le Figaro :

...Le MON 810 est, pour l'heure, le seul OGM insecticide cultivé dans notre pays. Mais, «ecas de doute sérieux… je suis disposé à recourir à la clause de sauvegarde jusqu'à ce que la Commission européenne tranche le problème», déclarait Nicolas Sarkozy mardi à l'occasion de sa première grande conférence de presse...

Pour activer une clause de sauvegarde, Bruxelles exige que le pays demandeur apporte des éléments scientifiques nouveaux montrant que la culture présente des risques. Il y en a trois principaux dans l'avis. Le plus important porte sur la dissémination. « Les premières études sur le MON 810 évoquaient une dissémination sur quelques centaines de mètres. Une recherche plus récente au Canada montre en fait que la dissémination peut se faire sur plus de cent kilomètres », explique Jean-François Le Grand. Dès lors, les risques de contamination d'autres plantes sont loin d'être négligeables.

Développement Durable, le Journal :

José Bové, toujours en grève. Pour José Bové, en grève de la faim depuis le 3 janvier, « le document remis par la Haute autorité est important car il reconnaît que la dissémination des OGM peut aller jusqu’à la centaine de km. Ce fait ne remet pas seulement en cause le MON 810, mais pose le problème global des OGM ». José Bové, qui continuera sa grève de la faim jusqu’à l’annonce de l’activation de la clause de sauvegarde par Nicolas Sarkozy, juge que « la vraie bataille se fera sur la loi. Telle qu’elle est aujourd’hui, elle est insuffisante. Il faut instaurer un seuil de contamination à 0,1% (contre 0,9% actuellement) et mettre en cause la responsabilité des entreprises semencières ».