10 millions de personnes à risque en 2070. Les images de mégalopoles totalement submergées par les flots vont-elles bientôt devenir banales ? C'est en tout cas ce que suggère un récent rapport, publié en décembre 2007, par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Les principales villes menacées par des tempêtes. Après avoir sélectionné 136 villes côtières de plus d'un million d'habitants, la conclusion des auteurs de l'étude est la suivante : « D'ici à 2070, la population exposée aux inondations côtières pourrait être multipliée par plus de trois, passant de 40 millions à 150 millions de personnes, en raison de l'effet combiné de l'augmentation démographique et de l'urbanisation, du changement climatique (montée du niveau de la mer et intensification des tempêtes) et de l'affaissement des sols ». L'impact financier de ces inondations pourrait alors atteindre 24 000 milliards d'euros, soit 9% du PIB mondial. Les pays du Sud sont évidemment en première ligne.
En 2070, plus de la moitié des personnes dites « à risque » seront concentrées dans dix grandes villes : Calcutta, avec 14 millions de personnes exposées, suivie de près par Bombay, Dhaka, Guangzhou, Ho Chi Minh Ville, Shanghai, Bangkok, Rangoon, Miami et Hai Phong.
Et en France ? L'étude de l'OCDE a étudié le cas de l'agglomération Marseille/Aix-en-Provence. Résultat : 21 000 personnes seraient concernées par un risque de tempête et d'inondations côtières en 2070 contre 14 000 actuellement. Le coût d'une telle tempête s'élèverait alors à 6,9 milliards d'euros. A Marseille, des fouilles archéologiques ont permis de savoir que le niveau de la mer s'est élevé de 50 cm environ depuis la période romaine. Par ailleurs, des mesures réalisées depuis 1883 montrent que l'eau s'est réchauffée en moyenne de 0,66°C.
Une tempête destructrice tous les ans ? Jusqu'à présent, les études de ce genre étaient basées sur des estimations de l'élévation du niveau des mers pour évaluer quelles superficies pouvaient se retrouver sous l'eau, et donc combien d'habitants étaient potentiellement en danger. « Mais cela ne correspond pas à la réalité, critique Stéphane Hallegatte, co-auteur du rapport et chercheur pour Météo France au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED). Généralement, les problèmes surviennent avant d'avoir les pieds dans l'eau, suite à une crue ou une tempête violente comme celle de Katrina à la Nouvelle-Orléans. Les évènements extrêmes représentent donc un meilleur critère que la simple élévation des mers pour appréhender le risque spécifique des populations côtières ».
Les chercheurs ont donc, dans un premier temps, recherché l'ampleur des évènements dits centennaux, c'est-à-dire les crues les plus importantes qui surviennent statistiquement chaque siècle sur toutes les côtes du monde. Ils ont ajouté à cela une hypothèse d'élévation moyenne des mers de +0,50m, d'intensification des cylcones de +10% et des données sur l'affaissement des sols (d'origine naturel et anthropique) allant jusqu'à -0,50m selon les endroits (voir « la méthodologie de l'OCDE »). Puis ils ont intégré dans leur modèle les évolutions démographiques prévues pour les 136 villes sélectionnées. Et c'est ainsi qu'ils ont abouti à ce chiffre de 150 millions de personnes exposées à un risque d'une crue d'ampleur centennale d'ici à 2070 dans ces grandes villes. « Ce chiffre est vraiment impressionnant, commente Stéphane Hallegatte. Sur les 136 villes concernées, on peut parier qu'au moins tous les 2/3 ans, l'une d'entres elles sera touchées par ces évènements extrêmes. Je ne pensais pas que la situation était si grave ».