Etyc : Bonjour Dominique Vidal. Pourquoi un Atlas sur l’environnement ?
Dominique Vidal : Depuis 20 ans, le MONDE diplomatique a donné beaucoup de moyens pour développer la cartographie. Nous avons maintenant plusieurs cartographes et géographes, une vraie équipe.
En 2003, nous avons voulu passer à l’étape supérieure. Nous avons réalisé un Atlas géopolitique de 200 pages et 300 cartes graphiques. Nous avons été surpris de son succès : 100 000 exemplaires ont été vendus en français, 750 000 ex. dans des éditions étrangères.
Il nous a fallu ensuite attendre 3 ans pour en refaire un, car un Atlas, ça ne se démode pas si rapidement. Dans l’Atlas 2006, il y avait tout un chapitre sur les défis environnementaux. Mais c’était trop peu pour traiter du sujet. Nous avons donc décidé, courant septembre 2006, d’en faire notre 1er thématique.
L’Atlas environnement inaugure une série. Désormais nous ferons un Atlas par an : 2 années d’Atlas thématique, 1 Atlas global, sur une périodicité de 3 ans.
Etyc : Et le sujet n’avait pas encore été traité dans un Atlas dédié ?
Dominique Vidal : Deux choses n’avaient pas encore été faites à ce propos :
Nous avons donc constitué notre Atlas en 2 parties : « Ce qui menace la planète… », « … et ce qui peut la sauver ».
Ce qui est frappant c’est de voir que l’Atlas est un genre de best seller. Il symbolise ce que les gens attendent. Et ce, à mon avis, pour 3 raisons : Après la chute du mur de Berlin et le 11 septembre, toutes les représentations ont été bousculées. L’Atlas offre une grille de lecture du monde. Ensuite, il hiérarchise et synthétise l’information. C’est important dans une société surinformée. Enfin, on parle bien assez de la civilisation de l’image pour savoir que les cartes et graphiques touchent parfois plus le lecteur que les mots.
La particularité de notre Atlas, c’est l’engagement qu’il y a derrière et les valeurs du MONDE diplomatique. Il y a une vraie recherche symbolique de l’image. On propose notre « manière de voir », à laquelle les gens apportent du crédit.
Etyc : Comment avez-vous procédé pour le choix des thématiques ?
Dominique Vidal : Nous avons globalement traité toutes les grandes questions de manière synthétique. Nous avons fait appel à des experts et spécialistes. Plus de 30 auteurs de sensibilités diverses, tous engagés. Ils ont apporté des visions fortes.
Alors que le Grenelle est un paradoxe extraordinaire, une « gande étape » menée par des gens pro OGM, pro nucléaire, pro autoroutes… notre Atlas ne se moque pas des gens ! Eux ne suivent que la loi du profit, cette logique est en contradiction avec les objectifs que le Grenelle prétend atteindre. Nous avons voulu montrer qu’il est un danger pour l’humanité face aux vagues catastrophiques qui ont lieu. Ce n’est pas la seule cause évidemment. Mais c’est un grand thème qui ressort de l’Atlas.
Pour le choix des thèmes, nous avons constitué une équipe de coordination avec deux spécialistes de l’environnement : Agnès Sinaï et Philippe Bovet. Nous avons construit un sommaire, qui n’a pas beaucoup changé pendant la réalisation du projet. Chaque thème est anglé (ndlr : c’est-à-dire qu’il y a une problématique définie). Puis nous avons proposé des auteurs par thème. Ce sont tous des journalistes militants qui ont déjà écrit dans le MONDE diplomatique. Leur tonalité est engagée. Ils se sont parallèlement mis en relation avec l’équipe de cartographes-géographes, coordonnée par Philippe Rekacewicz, pour réaliser ensemble les planches thématiques.
Etyc : A quel public se destine l’Atlas ?
Dominique Vidal : C’est évidemment destiné au grand public. Nous l’avons voulu comme un outil pédagogique. Il est accessible dès les classes de 1ères et terminales.
Propos recueillis par Jennifer Szwarc