Notre enquête pour comprendre et bien utiliser Vélib'
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Velib': les dessous du business
"J'ai proposé au Maire un système de vélo en libre-service", Denis Baupin, Mairie de Paris
"Paris est le vitrine mondiale du vélo en libre-service", Albert Asseraf,JCDecaux
"Une opération pilotée sans concertation avec les associations", Philippe Colomb, Vélorution
Tour des autres villes: le vélo citadin en libre-service fait des émules
- Etyc.org : Bonjour Monsieur Asseraf, pouvez-vous nous dire depuis combien de temps le gestionnaire urbain JCDecaux est impliqué dans le projet Velib’ ?
- Albert Asseraf : Alors, le premier appel d’offre pour la ville de Paris a eu lieu un peu plus d’un an avant l’attribution du marché (courant 2007). Nous y avons répondu de suite. Ca fait donc presque un an et demi. Mais en France, nous avions déjà mis en place ce système de vélos en libre-service à Lyon en 2005.
- A la base, votre stratégie de communication était-elle concentrée sur une ville en particulier ?
- Nous avons commencé avec Vienne, en Autriche, il y a bien longtemps. Puis il y a eu deux villes espagnoles : Giròn et Cordoue. Mais ce n’était que pour une centaine de vélos.
Il a donc fallu adapter le programme à une plus grande dimension en France. Le Premier était Lyon. Ce sont quand même quelques milliers de vélos. 3 000 aujourd’hui, 4 000 comme objectif. Quant à Paris, c’est 20 600 vélos prévus d’ici la fin de l’année 2007. Et c’est surtout le plus vaste programme au monde.
- Vous venez de remporter 2 nouveaux contrats : Toulouse et Rouen. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
- Avant Paris il y a déjà eu Bruxelles. Puis Marseille, Mulhouse et Besançon. Et là, Toulouse et Rouen. Nous sommes fiers de ce succès. Qui d’ailleurs dépasse l’Europe. Il y a en ce moment un appel d’offre de la ville de Chicago. Son maire était ce matin même à Paris pour essayer Velib’.
Ca dépasse tout ce que nous avions imaginé.
A Paris, nous avons passé la barre des 80 000 locations par jour. Le retour des médias s’effectue dans le monde entier. On reçoit des appels de partout : jusqu’aux chaînes chinoises, coréennes…
- Le contrat est-il le même avec chaque ville ?
- Non, les contrats sont bien différents d’une ville à l’autre. Le contrat est en fait lié à l’appel d’offre fait par la ville.
Par exemple, à Paris, le programme est à 100% financé par la publicité. Alors qu’à Toulouse et Marseille ce n’est pas le cas. Du coup, on a obtenu de rajouter de la publicité sur les vélos – il n’y en a pas sur les Velib’ à Paris. Et ces villes versent une redevance à JCDecaux.
- Concernant Paris, quelles sont vos motivations dans cette affaire ? Image de marque ? Bénéfices engrangés ?
- Paris est une ville stratégique, c’est la vitrine mondiale du vélo en libre-service. Concernant le réseau urbain, la plupart des offres sont faites au niveau national. Là ce n’est pas le cas. Cela ressort donc d’une stratégie d’entreprise.
- Petites précisions : le projet Velib’ a coûté 90 millions d’euros. Le budget comprend-il les 400 collaborateurs recrutés et la maintenance ? Sinon, combien cela coûtera-t-il par an et à qui ?
- Cet investissement a servi à la fabrication et à l’installation des mobiliers urbains. A la mise en place du système. Il y a évidemment un coût mensuel pour la rémunération des salariés et la maintenance. C’est JCDecaux qui prend en charge tous les frais, comme prévu dans le contrat, mais nous ne pouvons communiquer les chiffres correspondants. Il n’est pas question de garder un quelconque mystère ou de cacher des choses aux parisiens, seulement de ne pas informer la concurrence. Il faut comprendre que ce sont des éléments concurrentiels.
- Vous financez l’ensemble du système ; récupérez-vous une partie des recettes ?
- Déjà nous allons engranger 60 millions de recettes publicitaires par an.
Nous avons aussi une clause d’intéressement dans le contrat avec la ville de Paris. En fonction de la qualité du système et du service, JCDecaux peut récupérer jusqu’à 12% de la somme des recettes (Velib’ et Publicité).
- 60 millions d’euros en recettes publicitaires, cela fait référence à la contrepartie du contrat à Paris : la gestion des 1628 panneaux publicitaires.
- Tout à fait. JCDecaux gérait déjà les panneaux publicitaires de la ville. La ville nous a reconduit pour 10 ans le contrat concernant le matériel urbain, moins 20%. On est donc passé de 2000 à 1628 panneaux publicitaires.
- Ces panneaux sont désormais déroulants et éclairés. La contrepartie de Velib’ ne semble pas très écologique…
- Les panneaux étaient déjà éclairés. Nous venons de remplacer le matériel. Les formats 8m² étaient déjà déroulants. Les MUPI, formats 2m² avec un plan au dos, étaient fixes. Ils sont désormais mobiles. Les abribus eux, ne sont pas concernés.
Les panneaux installés consomment 40% d’énergie en moins que les précédents, grâce à de nouveaux néons. Ils ne sont pas allumés le jour. Ils fonctionnent avec l’éclairage de la ville.
Nous nous conformons à un meilleur respect de l’environnement. Tous les mobiliers urbains sont nettoyés à l’eau de pluie. Nous n’utilisons pas l’eau de la ville.
Concernant Velib’ en particulier, les véhicules d’entretien roulent au gaz ou à l’électricité. Nous avons 90 agents de maintenance qui se déplacent à vélo jusqu’aux sites. Et nous avons acheté une péniche, qui navigue dans Paris, en lieu d’atelier de réparation.
Propos recueillis par Jennifer Szwarc