Article paru dans le Monde (édition du 22 août 08)
A PEKIN
Il n'y avait personne, jeudi matin 21 août au centre de presse olympique, pour commenter l'annonce faite la veille par une association de défense des droits de l'homme : la condamnation de deux vieilles dames à un an de rééducation en camp de travail pour avoir demandé l'autorisation de manifester pendant les JO. Le briefing quotidien de Wang Wei, responsable du comité d'organisation des Jeux (Bocog), a été annulé : en l'absence de "problèmes d'organisation", la rencontre avec la presse n'a désormais lieu qu'un jour sur deux. Il est certes possible de déposer une question ; M. Wang tentera d'y répondre "au briefing suivant".
Les deux vieilles dames, Wu Dianyuan, 79 ans, et Wang Xiuying, 77 ans, n'ont pas été envoyées directement en camp. Selon le fils de l'une d'elles, Li Xuehei, la police leur a signifié leur condamnation puis leur a dit qu'elles étaient placées sous surveillance et que la peine serait exécutée si elles continuaient à protester. Comme de très nombreux Pékinois, Mme Wu et Mme Wang ont été expropriées et expulsées en 2001, dans le cadre des opérations immobilières qui ont transformé la capitale. Elles ont été relogées très loin de leur ancien domicile, sans indemnisation. Apprenant que, pendant les JO, la police avait désigné trois sites pour les manifestations, elles ont déposé cinq demandes. Cela leur a valu dix heures d'interrogatoire et la condamnation. Les autorités ont indiqué mardi que 77 demandes de manifestations avaient été déposées, mais qu'aucune ne s'était concrétisée. La grande majorité des conflits, assurent-elles, ont été résolus au moyen de "consultations". Interrogé à ce sujet mercredi, M. Wang a rendu hommage à "la culture de la médiation" dans la société chinoise.