
Vous avez probablement reçu, courant février, un mail alarmiste vous proposant de cliquer sur un lien vers un documentaire d’investigation « produit par Canal + mais interdit d’antenne. Sa diffusion sur le net est provisoire. Il faut donc le visionner rapidement, ça prend 25 min et c’est éminemment instructif !”. Il s’agit d’une enquête du magazine d’investigation 90 minutes de Michel Despratx, appelée…
… ‘OGM, l’étude qui accuse’ , ‘les OGM sont-ils dangereux pour la santé’ , ‘OGM étude secrète, vidéo interdite’ , c’est selon. Le buzz est phénoménale : la vidéo a été visionnée plus de 600 000 fois. Mais méfiance est de rigueur… certaines choses sont fausses, ou du moins erronées et imprécises :
Le reportage a bien été diffusé. Le sujet apparait bien sur le site de CanalPlus. Seulement aucune date de diffusion n'est mentionnée. Contactée, l’équipe de 90 minutes (qui n’est plus à l’antenne) a répondu le 14/02 : ” Le documentaire ‘OGM : l’enquête qui accuse’ a été diffusé dans le cadre de l’émission 90 minutes, sur Canal+, le 15 novembre 2005. Il n’a jamais été question de déprogrammation ou de quelconque censure à l’époque.” Sa diffusion sur le net est provisoire. Ce ne serait pas surprenant, en effet, que Canal Plus, qui par ailleurs vend des programmes via la plateforme CanalPlay apprécie moyennement l’initiative de la gratuité.
Sur aucun site le reportage n’est clairement daté. Il a été diffusée fin 2005.
L’enquête incriminée n’est sourcée nulle part, même pas dans les liens relatifs à l’émission. L’argument qui la réfute n’est pas clairement expliquée. Les méthodologies employées non plus.
Même - et surtout - en ne s’attardant pas sur le sensationnalisme propre aux reportages télévisuels, journalistiquement l’enquête peut paraître un peu légère. Concrètement, il y a : une étude dont on ne sait pas clairement comment elle a été réalisée – l’entreprise agroalimentaire Monsento prouve que son maïs transgénique ne comporte pas de danger pour l’homme ; une contre-étude faite par des scientifiques indépendants dont les conclusions n’avaient pas encore été rendues publiques au moment de la réalisation supposée du reportage ; mais dont on connait déjà les grandes lignes : “Monsento-a-menti-c’est -bidon” ; des politiques débordés qui font confiance à des experts ; et un expert prudent qui se fait dévorer par une caméra et qui nous affirme que sa mission est de contre-étudier une étude. Ce dernier confirme d’ailleurs l’étude apportée par Monsento, mais avoue qu’on ne sait pas ce qui va se passer dans 5, 10, 15 ou 20 ans. Enfin, l’accusation centrale : l’entreprise profite habilement des finesses du système pour vendre des produits.
Les arguments concrets manquent, la partialité est «évidente. C’est léger pour une enquête ‘interdite’, ‘qui accuse’.
Ainsi, pour résumer la question est : est-ce que les plantes OGM actuellement sur le marché sont susceptibles d’êtres dangereuses pour l’homme, puisqu’elles ont abimé des souris qui allaient probablement en mourir comme le montre une étude pas encore publique au moment du reportage ?
Donc notre malheureux scientifique n’a pas pas mal fait son boulot, il n’a pas eu tord en étant tout aussi positif sur l’étude que prudent (c’est comme cela pour beaucoup de choses de nos jours. Ex : wifi, portables, traitement de certaines maladies…).
Ce serait également totalement normal que, suite à la publication de l’étude, le reportage ait été déprogrammé d’antenne. Et non pas ‘interdit’. Attention, le net s’emballe…
Alors que son objet même n’est pas valide ? On le pense. Car il a au moins un mérite, c’est de donner à voir une belle mécanique. Celle des lobbyings en présence :
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