Vers une nouvelle gouvernance mondiale ?

En ce début de vingt-et-unième siècle, deux éléments majeurs - les crises économiques et environnementales - me laissent croire qu’une nouvelle gouvernance mondiale est déjà à l’état d‘ébauche. L’histoire nous en donne l’exemple : c’est toujours lors de crise majeures que de grands systèmes internationaux ont pu être érigés, et ils le furent essentiellement à l’issue des deux conflits mondiaux (SDN puis ONU, genèse d'un cour pénale internationale avec le Tribunal de Nuremberg, FMI, OMC - lointaine héritière du GATT de 1947 - Communauté Européenne, etc.). Or les crises financière et environnementale jouent sans doute aujourd’hui le rôle « moteur » qu’avaient rempli au siècle précédent les deux guerres mondiales et la crise de 1929 (avec le succès inégal, voire désastreux que l‘on sait pour la première de ces tentatives).

Qu’observe-t-on actuellement et que peut-on imaginer pour l‘avenir ? Tant sur le plan écologique qu’économique : des réunions, motivées par l’urgence, et qui revêtent au départ un caractère extraordinaire, ont tendance à devenir régulière et à s’institutionnaliser, jusqu’à former l’embryon d’une réelle gouvernance mondiale (gouvernance dont il serait bien sûr hasardeux de prévoir les modalités ou le terme). La crise écologique nous obligera certainement à mettre en place un système d’intervention rapide, de solidarité internationale d’urgence, afin de lutter contre ses effets les plus graves (inondations, sécheresses, incendies, problèmes alimentaires, etc.). Dans le cas contraire, et si la crise n’est pas combattue à temps ou ne fait pas l‘objet d‘une action commune, elle débouchera sur un repli national de type identitaire (1).

C’est à la lumière de ces hypothèses que l'on peut analyser la politique actuelle de la France en matière diplomatique.

Premier point : le président de la République et le Ministre des Affaires étrangères tentent d’établir un dialogue critique avec des régimes jugés jusqu’alors peu fréquentables au regard des droits de l’homme, et ce, en vue de ne pas les isoler, peut-être même à terme, de les insérer au sein du débat démocratique.

Deuxième point : la nécessité de s’atteler de manière rapide et volontaire aux grandes crises internationales. A ce sujet, le fait de ne pas avoir rompu le dialogue avec les régimes « durs » ou franchement « antidémocratiques » facilite bien évidemment les négociations (résolution de la crise géorgienne par le maintien d’un dialogue à la fois ferme et ouvert avec la Russie, présence du président chinois au G20 et annonce d'une rencontre avec le Dalaï Lama, le 6 décembre prochain) : cette orientation diplomatique rencontre, il est vrai, de puissantes limites et il ne faudrait pas verser dans l’angélisme. Malgré le pressions internationales, le régime criminel des militaires birmans, loin de faire des concessions, continue au contraire d‘opprimer sa population. On pourrait en dire autant de la Chine et du Tibet sans parler de l’éternel double-jeu du colonel Kaddhafi. Il n’en reste pas moins que cette orientation diplomatique paraît la plus à même de faciliter les négociations internationales et la résolution des crises mondiales. Ne jamais laisser la crise s’installer et ne pas rompre le dialogue, constituent les deux axes de la politique française en matière diplomatique.

Je crois fermement que la volonté politique de Nicolas Sarkozy joue un rôle de premier plan dans l’établissement de cette nouvelle tendance. S’il reste un acteur parmi d’autres et qu’il ne faut pas surestimer son action, il serait malhonnête de ne pas reconnaître qu’elle fut déterminante tant sur le plan européen que sur le plan mondial (2). Nous espérons bien entendu qu’à partir de janvier 2009, cette volonté politique sera soutenue par l’action du nouveau président des Etats-Unis, Barrack Obama qui, contrairement à son prédécesseur, privilégiera probablement la négociation aux décisions unilatérales. Il faudra d’ailleurs déployer des trésors de diplomatie pour essayer de régler des crises aussi complexes que celles du Moyen-Orient ou du Pakistan, sans évoquer le défis majeurs que sont l‘approvisionnement en eau, la lutte contre la malnutrition, les gaz à effet de serre, etc... (3).

Ainsi, la conjonction entre deux facteurs essentiels : la personnalité des dirigeants d’une part, l’institutionnalisation et la rationalisation des rencontres internationales de l’autre, permettront d’affronter les défis auxquels nous sommes confrontés, et de former peut-être l‘embryon d‘une véritable gouvernance mondiale.

(1) Voir sur ces question mon article "Ecologie et société : pour une vision globale", daté de février 2008.

(2) Entre autres petites mesquineries, cette formulation du syndicaliste François Chérèque qui, après avoir légitimement critiqué le président de la République, déclarait le 24 octobre sur Europe 1 : "ce que je trouve intéressant actuellement, c'est qu'on est en train de réhabiliter l'Europe". L'habile Jean-Pierre Elkabbach lui demande alors qui est le "on", le patron de la CFDT répond ceci du bout des lèvres : "le président de la République y participe, mais enfin, on ne va pas nous faire croire que le président de la République est tout seul, il y a vingt-sept pays, il y a les autres pays qui suivent..."... - "les autres pays qui suivent ?" reprend toujours très habilement Elkabbach - Mais Chérèque insiste alors sur le rôle moteur... de l'Angleterre. Autre exemple : Catherine Matausch, présentatrice du JT de France 3 (19/20 - édition du samedi 15 novembre 2008) : alors que Gérard Leclerc, que l'on peut difficilement suspecter de sarkozysme, analyse ainsi les avancées indéniables du G20 : "il y a quelques semaines, c'était encore une véritable quête du Graal, commente un proche de Nicolas Sarkozy, le président français, lui qui a dû renoncer à un Bretton Woods pour refonder le capitalisme" - il est aussitôt interrompu par Catherine Mataush en ces termes : "mais enfin, vue l'urgence de la situation, le G20 avait-il vraiment le choix, il fallait réagir et vite".

(3) Car ne nous y trompons pas, c’est dans les zones tribales que se jouera l’avenir de toute la région et il est difficile que la guerre ne gagne pas le Pakistan.

En rédigeant ce billet, je n'avais pas encore pris connaissance de l'article rédigé par Claude Askolovitch dans le JDD du même jour, à son retour de Washington, article dont je recommande chaudement la lecture, tant il me semble restituer la personnalité et les ambitions du chef de l'Etat.

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, "Vers une nouvelle gouvernance mondiale ?", Le carnet de Laurent Dingli, novembre 2008.

Dimanche 16 novembre 2008.

Dernière mise à jour : lundi 17 novembre 2008

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