1793 : Charrier et la révolte royaliste en Lozère

Les documents que je publie aujourd’hui ont trait à un épisode de la Révolution française. Il s’agit de la révolte royaliste conduite en Lozère par le notaire et député Marc-Antoine Charrier. Né en 1753 à Nasbinals, dans le Gévaudan, Charrier était le fils d’un avocat et notaire de Mende. Destiné à la même profession que son père, il fit son droit à Toulouse. Mais, attiré par la carrière des armes, il s’enrôla à sept reprises dans différents régiments et fut « racheté » à chaque fois par sa famille. Au cours de son dernier engagement, il entra comme grenadier dans le régiment de Bourbonnais où il passa trois ans à guerroyer contre les insurgés corses.

Après la convocation des Etats généraux, Charrier fut élu député du tiers état. Il siégea à la Constituante du côté droit. On dit qu’il faillit être accroché à la lanterne lors des célèbres journées révolutionnaires des 5 et 6 octobre, la foule l’ayant pris pour un garde du corps du roi. Après la session, Charrier voulut émigrer à Coblence, mais la faction royaliste l’en dissuada, arguant qu’il serait plus utile en Lozère. Et c’est là en effet qu’il organisa la contre-Révolution avec une bande de paysans et de déserteurs qui lui étaient dévoués. En février 1792, à l’occasion du mouvement insurrectionnel provoqué à Mende par la manifestation patriotique du régiment de Lyonnais, il fut dénoncé à l’Assemblée nationale. Décrété d’arrestation, le 12 avril 1792, le notaire royaliste fut obligé de se cacher dans les forêts et les montagnes avec sa petite troupe, prêt à lever l‘étendard de l‘insurrection sur ordre des émigrés. Il attendait toujours leurs instructions quand, en mars 1793, sa retraite fut encerclée par des émissaires de la Convention nationale. Mais, au milieu de la nuit, à la tête d’une cinquantaine d’hommes du village d’Aubzac, l’ancien député fondit sur les troupes conventionnelles, les dispersa et s’empara de leurs armes. Il fit alors sonner le tocsin dans les environs et rendit une proclamation au nom du roi qui lui attira un grand nombre de partisans. Avec eux, il prit Marvejols, puis Mende, chef-lieu du département. Il parvint encore à défaire des patriotes qui s’étaient réunis à Chanac, les poursuivit au-delà du Lot et s’empara de leur munition et de leur artillerie. Charrier, qui s’était rendu maître de toute la Lozère, attendit l’explosion générale. Mais, fort heureusement pour la Convention, les insurrections ne furent pas coordonnées. Ce n’est qu’en juin que celles de Lyon, Marseille et Toulon débutèrent réellement. Quant à la Vendée, elle ne prit toute son ampleur qu’au cours de l’été.

Comme dans les bocages de l’Ouest, le Gévaudan et les environs se prêtaient fort bien à des coups de main de type guérilla. Charrier avait en outre une expérience des choses de la guerre qui manqua souvent, au départ, à ses ennemis. L’inexpérience des « bleus », c’est-à-dire des Républicains, constitua aussi un avantage en Vendée, pour les troupes de l‘Armée catholique et royale.

Mais le rapport de force était largement favorable à la Convention. Loin de se ranger sous la bannière de l’insurrection royaliste, les départements voisins du Cantal, de la Haute-Loire, du Gard, de l’Aveyron, s’organisèrent sous la houlette des représentants en mission et autres émissaires de l‘Assemblée nationale. Isolé et sans secours, Charrier dut se résoudre à débaucher sa troupe et à se terrer dans la forêt. Mais une trahison entraîna son arrestation. Il fut aussitôt conduit à Rodez. On songea un moment à l’emmener à Paris pour y être traduit devant le tribunal révolutionnaire mais, la prudence conduisit le comité de salut public à écarter cette solution. Ce n’est qu’à partir du mois d’août qu’il fut juger par le tribunal criminel de l’Aveyron sur dénonciation du député Louchet. Charrier affronta son destin courageusement, assumant seul la responsabilité de l’insurrection, il parvint même à sauver son frère et son aide de camp Laporte, que tout pourtant accusait. Condamné à mort le 16 août 1793, il fut guillotiné le lendemain, au milieu de plus de six mille hommes commandés par Châteauneuf-Randon, son ancien collègue à la Constituante.

N. B. Cette présentation n’est qu’une ébauche, elle sera enrichie au fur et à mesure de mes disponibilités. Les internautes, historiens ou amateurs, sont cordialement invités à faire part de leurs corrections, en cas d’erreur de ma part, ou pour tout autre commentaire qu’ils souhaiteront effectuer.

Sources bibliographiques : Michaud, (J.-F. et L.-G.), Biographie universelle, 1836, pp. 515 sq. Delon (abbé J.-B.), La Révolution en Lozère, Imprimerie lozérienne, 1922, 791 p. Sur la dernière déclaration de Charier, cf. Buchez et Roux, Histoire parlementaire, T. XXVIII. Voir aussi Andrieu (Etienne), La contre-révolution en Gévaudan (Aveyron et Lozère). Marc-Antoine Charrier et l’insurrection de l’Armée chrétienne du Midi, Librairie éditions Guénégaud. (ouvrage que je n’ai pas encore consulté).

Les documents : ce sont des extraits de textes originaux des archives nationales que j’ai copiés lors de la préparation de mon ouvrage sur Robespierre, il y a quelques années. On y remarquera, entre autres, l'importance de la question religieuse qui constitua, à l’instar de la Vendée, l’un des abcès de fixation du mécontentement populaire. « En 1791, précise Valérie Sottocasa, professeur à l’Université Toulouse-Le Mirail, le serment imposé au clergé paroissial déchire les âmes et les consciences, provoque une violente protestation populaire, fournissant aux opposants à la Révolution une masse paysanne sur laquelle ils fondent des espoirs d’insurrection contre-révolutionnaire. Les camps de Jalès, la "bagarre" de Mende, la révolte de Marc-Antoine Charrier en haute Lozère montrent que le Midi est, avant l’Ouest, terre de Contre-Révolution »  (CTHS).

Les membres composant les corps constitués

de la ville de Saint-Chely au ministre

Saint Chely, le 27 mai 1793, l’an 2 de la rép. A cinq heures du soir

Citoyen ministre

Nous nous empressons de vous faire part des meaux qui nous menacent et des causes qui les ont produits. Le jour de la Pentecotte, trois gens-darmes, et un détachement de dix hommes de la garde nationale de cette ville ayant été requis de faire une descente dans la paroisse de Julianges pour faire perquisition des prêtres réfractaires qu’on nous avoit dit être dans cette paroisse, ils arrêtèrent l’abbé Roudés, cy devant prieur de Julianges, et l’abbé Lebre, cy devant curé des chazes, et comme ils les traduisoient en cette ville, un gros rassemblement d’hommes et femmes, du nombre desquels étoient d’autres prêtres réfractaires qui avoient été forcés nombre de citoyens à marchés en leur remettant des armes à feu et les exortant à les bien faire valoir dirigea sa marche contre lesdits détachements, les assaillit à coups de fuzil et leur enleva lesdits prêtres ; ils portèrent même leur rage à maltraités après l’enlèvement deux gardes nationaux qu’ils rencontrèrent dans leur fuite.

Sur l’avis donné par l’administration du district à celle du département, et d’après les divers arrêtés pris par le directoire du district de Saint Chely il fut envoyé de suite plusieurs détachements des volontaires, soit de l’ardèche en garnison à mende, soit des gardes nationales de cette dernière ville (…)

L’on eut crainte avec raison que cette occasion ne fut celle d’un soulèvement général des habitants des campagnes, et de divers district de notre département. L’administration jugea de sa sagesse d’en instruire les départements de la haute loire, et du cantal, et de les inviter à nous fournir des secours en force au besoin ; ces mêmes détachements se sont transportés ici avec deux commissaires du département ; un de la haute loire est venu les joindre, ils se sont rendus dans les paroisses de julianges, St. privat, et autres circonvoisines, pour y prendre des renseignements relatifs à la rébellion et faire arrêttés les coupables, cette mesure a produit l’arrestation de quatorze personnes inculpées, et entre autres de celui entre les mains de qui l’abbé soulier cy devant vicaire à (Blavignhac ?) avoit remis avant l’enlèvement un fuzil à deux coups en lui recommandant de le bien faire valoir et qu’on disoit avoir tiré le premier sur le détachement ; nous pensons que les commissaires vous auront fait parvenir toutes les instructions relatives à cet objet.

Ces mêmes troupes s’étant divizées le 24.e du courant pour faire des réquisitions dans les différentes communes, le détachement de (illisiblle) composé d’environ 96 hommes divizé à sa marche sur les paroisses de (illisiblle) d’aubrac pour se rendre de là à sa destination ; mais quelle ne fut pas notre surprise en apprenant le lendemain que pendant la nuit du même jour, il s’étoit formé un rassemblement considérable au dit lieu de (illisible) sous le commandement de charrier de Nasbinals, drecretté d’accusation , et autres ses complisses qui avoient cerné ce même détachement, l’avoit (sic) désarmé, fait prisonnier et tué le commandant, et plusieurs autres gardes nationales. Le citoyen (illisiblle) com.re qui avoit été le joindre reçut également une bordée des coups des fuzils de la part des rebelles qui lui criblèrent son chapeau, et son manteau des coups de balle et vit périr à son cotté le citoyen dalle Juge du tribunal du district de (illisible) qui l’accompagnait ; il manque même un gendarme qui étoit de la suite et il y en a un autre grièvement blessé.

Ce même commissaire étant venu faire ce rapport aux citoyens ses collègues, nous fumes instruit en même temps que le nombre des révoltés s’acroissoit à l’instigation dud. Charrier et de plusieurs prêtres réfractaires qui se sont joints à luy de manière que le jour d’hier fut pour nous un jour d’alarme et de crainte.

A chaque instant nous fumes avertis que le toxain sonnait dans toutes les paroisses voisines de (illisible) , des lettres circulaires de charrier couroient de toutes part pour engager les citoyens au nom de louis 17 et de la religion chrétienne de se joindre à lui sous les peines les plus terribles. Nous vous faisons passer copie littérale d’une de ces lettres adressées à la municipalité de saint alban, et à nous remise par un des officiers municipaux. Le porteur de la lettre est une femme ; elle a été arrêttée par ordre de la municipalité, elle doit être traduitte dans les prisons du district, nous nous empresserons de vous faire parvenir les réponses faites à son interrogatoire.

Nous sommes continuellement dans les trances, et au point de voir éclater une guerre civile des plus sanglantes. Les commissaires firent partir de suite des gensdarmes pour ce département, et pour ceux du cantal, de la haute loire, et de l’aveyron, avec invittation de nous procurer des prompts secours.

Pendant la nuit dernière et le matin les commissaires ont été instruits que les révoltés au nombre d’environ trois mille, s’étoient portés sur la ville de Marvejols, l’avoient bloquée, et qu’ils étoient même entrés. D’un autre coté le département leur a annoncé que mende étoit menaçé d’une descente de la part des mêmes Rebelles, de manière que les comm.res ont été requis de se rendre a mende de suite, avec toutes les forces qui étoient à leur disposition, et son partis ce matin environ les neuf heures, et ont emmené avec le prisonnier accusé de l’enlèvement de l’abbé rodés, qui à quelques distances de notre ville a été tué par les volonatires de l’ardeche à coups de baÿonnette. L’on ne peut que gémir sur un événement pareil, mais il nous eut été impossible d’en arrêtter l’effet (...)

Veuillés en attendant nous procurer les fonds nécessaires pour fournir aux dépenses que nous sommes obligés de faire pour forunir aux besoins de la force armée, car nous ne savons comment faire pour y subvenir (…)

Le M.re de l’Intérieur aux C.eurs ad.eurs du Directoire du District et membres de la Municipalité et du Conseil de la Commune de St. Chely

Paris, le 5 juin 1793

J’ai reçu, citoyens, les lettres que vous m’avez écrites les 27 et 28 de ce mois pour m’informer d’un rassemblement de Révoltés qui s’est formé à Rieutord ( *Rieutord-Sur-Randon)) et qui s’est déjà emparé de la ville de Marvejols. J’ai vu avec satisfaction que vous vous étiés empressés de prendre toutes les mesures qui pouvaient arrêter ces Brigands et je ne doute pas que vous n’employiés tous les moyens que vous pouvés vous procurer pour étouffer dans leur naissance les mouvements de guerre civile qui se manifestent dans votre ressort ; mais il est encore nécessaire pour y détruire jusqu’aux principes de mettre promptement à exécution le Décret des 21 et 23 avril contre les Prêtres insermentés et de faire désarmer et arrêter tous les gens suspects. Vous devés encore éclairer vos concitoyens sur les trames scélérates et vengeresses de ces Prêtres hypocrites et de ces ci devant nobles qui n’ont d’autres vues que de faire égorger le Peuple par le Peuple pour assouvir leur ambition et écraser de nouveau le pauvre sous leur orgueil insolent et le remettre sous l’esclavage de leurs passions et de leur autorité despotique. Fermés, citoyens, leurs cœurs aux fureurs du fanatisme en leur peignant la fourberie de ces monstres qui après avoir appellé contre leur Patrie tous les Tyrans qui l’entourent, se sont réfugier dans son sein pour l’assassiner plus sûrement. Dites-leur que Paris est levé tout entier depuis quatre jours contre les traîtres. Ranimés dans leurs cœurs le saint enthousiasme de la liberté et de l’égalité, et l’âme brûlante du feu sacré du patriotisme ; fondés tous sur ces hordes de scélérats et purgés en la terre de la liberté.

Je mets, citoyens, à la disposition de l’ad.on de votre Dép.t une somme de 50.000 tt pour pourvoir aux besoins de vos concitoyens qui marcheront contre les Brigands et aux frais de cette expédition. J’attendrai avec impatience les nouvelles ultérieures que vous me promettés.

Le Procureur Général Syndic

du Département de l’Ardèche

Au citoyen Garat, Ministre de l’Intérieur

Privas, le 29 Mai 1793

Citoyen Ministre

J’ai l’honneur de vous adresser sous ce pli un exemplaire de l’Arrêté pris par le Conseil Général d’Administration de ce Département ce jourd’hui et une copie des pièces qui y sont relatées : Vous verrés qu’une Insurrection très dangereuse vient de se manifester dans le Département de la Lozère, et que les Rebelles se sont emparés des deux principales Villes. Le Conseil a cru qu’il était de sa prudence de prendre de grandes mesures afin qu’une masse de forces bien dirigées, combinée avec celles des Départements de la Lozère et de la Haute Loire, puisse d’un seul coup exterminer cette masse de Brigands et faire renaître la paix dans un Pays où déjà une foule de complots Contre révolutionnaires ont été éteints presque aussitôt que conçus. J’espère, Citoyen Ministre, que vous approuverés nos démarches : Vous pouvés compter sur notre zèle et être bien persuadé que des Administrateurs vraiment Républicains sacrifieront leurs veilles et leurs vies s’il le faut pour le maintien de la Liberté et de l’Egalité.

Chabas

 

Le Procureur Général Syndic

du Département de l’Ardèche

Au citoyen Garat, Ministre de l’Intérieur

Privas, le 31 Mai 1793

(… le Conseil) a fait et fait encore marcher des troupes sur la partie méridionale de ce Département pour se porter dans la Lozère ; il en a envoyé encore dans la ville du Puy ; le Département de la Drôme nous fournit des secours ; les autres Départements environnants celui de la Lozère ont également mis des Gardes nationales sur pied : toutes accourent à la voix de la Patrie en danger, les Rebelles sont cernés de toutes parts et j’espère que bientôt ils payeront le prix de leurs forfaits. Déjà 60 ont péri sous le fer de 120 hommes du 3ème Bataillon de l’Ardèche entre Mendes & Villefort, 22 ont été faits prisonniers et conduits dans la maison d’arrêt de Largentière.

Comptez, Citoyen Ministre, sur le zèle et les efforts des Administrateurs de l’Ardèche ; l’ordre sera rétabli, la liberté et l’égalité triompheront ; si le danger s’accroissait ils se porteraient en corps sur les lieux et se mettant à la tête des troupes ils partageraient le péril avec leurs braves frères d’armes.

Chabas

 

S.l. n.d.

Citoyens,

L’occupation de mende, Marvejols et chanac par les fanatiques du Département de la Lozère est Réelle ; trois émigrés décretés d’arrestation, Charrier ex-constituant, Borel, garde du défunt ci-devant Roi, et quairal cidv.t comte sont à leur tête et donnent ses ordres (sic) au nom de Louis 17 M. Régent de France. Leur nombre n’est pas absolument connu, on le portoit il y a cinq jours à environs trois à quatre mille, mais le fanatisme l’augmente chaque Jour ; en général le pays n’est pas sûr car les citoyens ne montrent aucun désir de les combattre, le 28ème conduisoit à Mende deux pièces de Canon de gros calibre. Le projet des chefs ne devoit pas encore éclater, mais une insurrection occasionnée par l’arrestation de quelques réfractaires l’a accéléré(e) ; un détachement de la garde national de Marvejols s’étant porté contre les insurgents et ce dettachement ayant rempli son objet fut surpris pendant la nuit à Rieutor d’aubrac, quatre vingt furent faits prisonniers et sont gardés en otages, quelques uns furent massacrés, notamment deux Gandarmes, un Commissaire et le Commandant, la prise de Marvejols fut la suite de cette surprise, Chanac et mende furent successivement pris, les uns leur prettent le projet de se frayer la route de Lyon, d’autres annoncent qu’ils s’ettendent dans le Rouergue et qu’ils sont en possession de Milhau (* Millau).

Le Département de la haute loire envoya de suite un déttachement pour se joindre aux patriotes ayant rencontré les Rebelles dans le village de Rieutor randon, où se Batti pendant six heures, les Rebelles ne purent résister à l’impétuosité des patriotes, qui en tuèrent sur le Champ de Bataille 58 et firent 18 prisonniers, ce même Jour Charrier à la tête de douze cents hommes s’empara de mende, sans la moindre résistance, les autorités constituées et les patriotes ayant vuidés la ville pour se retirer à florac, et sans de bons renseignements le Déttachement victorieux et quatre cents hommes qui s’étoient réunis à eux alloient se jeter entre ses mains, ils se replièrent sur Langogne et florac dans la nuit du 27 au 28 may (…)

Nous sommes persuadés que ces forces seroient capables de repousser les rebelles, sy nous craignons pas, vu la Cagoterie des habitants du Pays, que le moindre avantage n’accrut leur nombre avec la même progression, que dans la Vendée, il n’est pas même douteux qu’il ne devint aussy allarmant… il est de la plus haute importance que ce rassemblement soit dissipé par les plus Grandes Masses possible des forces des départements environnants (…)

Les membres composant les corps constitués de Saint-Chely

(au ministre de l’Intérieur),

Saint Chely, 28 mai 1793

Citoyen Ministre

Depuis notre lettre écrite de hier soir, nous avons à vous instruire que les révoltés qu’on dit a présent être au nombre d’environ six mille dont la plupart sont sans armes se sont en effet emparés de la ville de Marvejols, qu’ils y firent célébrés hier une messe sur la place du ( ?) par un prêtre réfractaire, que le pavillon tricolore y fut déchiré et qu’on y fit flotter le pavillon blanc, qu’on y fit bruller les papiers des archives de l’administration du district, qu’on a fait prisonnier environ quatre vingt patriotes les plus reconnus, du nombre desquels est un prêtre constitutionnel du département de l’aveyron qui doit être immolé à leur rage aujourd’huy, qu’on se disposoit à procéder à l’élection des nouveaux consuls, et que la même troupe se diviza ne deux, l’une desquelles partit sur les quatre heures du soir commandée par charrier pour se rendre à mende (…)

 

Le procureur général syndic de la Lozère

Mende, le 31 may 1793

(…) Je trouve en ce moment cette ville (* Mende ?) évacuée, la garde national du cantal et de la haute loire sont entrés au nombre de 4000 au moins, au moment que le chef des Brigands étoit aux mains à chanac contre 2000 volontaires de Laveiron, ces braves républicains ont laissé 800 Brigands sur la place et n’ont perdu que quatre hommes, ils auroient sûrement succombé au grand nombre par le défaut de munitions, si le chef des révoltés n’eut été instruit de la reprise de cette ville, et qu’il s’avançoit en outre des forces imposantes de toutes parts, son entrée a été inconnue dans le dép.t et sa fuite, s’il a échappé, a été encore plus prompte. L’administration est encore à florac (…) quinze mille hommes sont en ce moment dans mende (…)

Jalbert ( ?)

Rapport du comité permanent des autorités constitués de la ville de Marvéjols, département de la Lozère, Concernant les troubles et les Désastres qu’a éprouvés cette ville par l’insurrection des Rebelles marchant au nom d’un Roy et de la Religion, s.d.

L’administration du département avoit requis cent hommes de la garde nationale de la ville de marvéjols pour se rendre le 23 mai courant au malzieu, district de Saint-Chély, où d’autres forces s’étoient portées pour dissiper des rassemblemens. Ce détachement, composé de l’élite de la garde nationale, et pourvu des meilleures armes, eut ordre, après l’expédition de revenir dans ses foyers en passant par le canton de nasbinals pour y arrêter quantité de déserteurs du recrutement. Arrivés à Rieutord d’Aubrac, Commune de Marchastel, pour y coucher, Ces braves gardes nationaux, divisés dans divers logemens dans ce village, furent pendant la nuit du samedi au dimanche, investis, attaqués & assassinés par une troupe de gens armés à la tête desquels se trouva le scélérat Charrier chef de Conspiration, décrété d’accusation que l’on ne croyoit pas dans le pays.

Nous aprîmes le dimanche à midy par une voÿe indirecte, et sans aucun Détail qu’il y avait eu quelques coups de fusil tirés à Rieutort, ce qui nous fit penser qu’il pouvoit y avoir une affaire particulière entre les volontaires déserteurs, et notre garde nationale, ignorant d’ailleurs, le rassemblement des rebelles sous le commandement de Charrier.

Sur le champ, les autorités constituées réunies en permanence firent partir de ce côté quarante citoyens à cheval, déjà prêts à partir pour Lavandée (sic), pour prendre des informations (…)

Avant et après le départ de l’armée rebelle, elle s’accrut encore par le concours des peÿsans venus de tous côtés se joindre aux Conjurés dont un très grand nombre resta dans nos murs continuant à y répandre la terreur (…)

Les membres des autorités constituées

de la ville de Saint-Chély, à ibid.

Saint-Chély, 15 juin 1793

(…) plusieurs commissaires des divers départements qui étoient réunis à Mende, et qui formoient provisoirement la commission centrale, nous ont confirmé de plus en plus l’arrestation de l’infâme Charrier, chef des contre révolutionnaires, et sa détention aux prisons de Rodès (*Rodez) Ils nous ont ajouté que les divers dettachements qui pourchassent les fuyards en arrêttent journellement , et que les prisons de Mende en regorgent, déjà le tribunal criminel en a jugé et fait exécuter plusieurs, et il s’occupe constamment du jugement des autres (…)

Département de la Lozère. Extrait du Procès-verbal du Conseil-général d’Administration du département de la Lozère, réuni en permanence, en vertu de la loi du 18 mars dernier, Kocher et Prost, Mende, (1793), 8 p.

(…) Un instant après, le citoyen Bonnel, maire (*de Mende), nous donna lecture d’une lettre du 26 de ce mois, à nous adressée, dont la teneur suit : « Nous vous annonçons que nous avons cru devoir nous rendre aux sommations qui nous ont été faites, et qu’en conséquence nous avons dans nos murs ceux contre lesquels on pourroit vous engager à marcher : nous vous attestons que leur commandant fait respecter scrupuleusement les personnes et les propriétés ; qu’il en a exigé le serment de sa troupe en notre présence, et qu’il s’est comporté envers nos concitoyens les prisonniers d’une manière loyale et généreuse. Les Officiers de Marvejols signés. Crespin, maire (…) Nous vous prévenons que M. Charrier ici présent étant instruit qu’on doit faire exécuter un prêtre non assermenté, demain, dans votre ville de Mende, que cette exécution n’ait pas lieu, et il nous a formellement déclarés responsables de cet événement, et surtout votre ville de Mende » (…)

Les commissaires réunis des Départements de la Haute-Loire, du Cantal, de l’Ardèche, du Puy-de-Dôme, de l’Aveiron et de la Lozère, à la Convention nationale, Mende, 5 juin 1793, Kocher et Prost.

(…) Il paroîtra difficile de concevoir qu’une armée de brigands se soit formée dans une seule nuit, et montée tout à coup avec la rapidité de l’éclair : telle est cependant la vérité du fait.

Vers le 18 mai, l’Administration du Département de la Lozère, fut avertie d’un attroupement formé pour enlever deux prêtres réfractaires, arrêtés par la Gendarmerie, dans la paroisse de Juliange, District de St-Chély. Un détachement de cinq cents hommes envoyé pour dissiper l’attroupement dans les diverses Communes qui s’étoient soulevées, parvint à faire rentrer les coupables dans leurs foyers.

Ce premier soulèvement ne paroissoit pas annoncer aux Administrations de plus grands dangers, lorsqu’un autre détachement de cent hommes, envoyé dans la Commune de Marchastel, pour y faire des visites domiciliaires, fut surpris pendant la nuit à Rieutord-d’Aubrac, où il s’étoit retiré après son expédition, par une troupe de brigands, ayant à leur tête Charrier, décrété d’accusation au mois de mai 1792. Le détachement fut désarmé, quelques uns de ceux qui le composoient furent égorgés, et les autres amenés prisonniers à la suite de cette horde de brigands. Elle s’étoit rassemblée dans cette même nuit dans le plus grand silence, et formée de tous les prêtres réfractaires des Départements circonvoisins et des habitants des communes de Nasbinals, Recoules, Marchastel, St-Géniés de l’Aveiron, Rieutort, etc. : grossie dans son passage de tous ceux des campagnes voisines, elle étoit forte d’environ dix mille hommes, lorsqu’elle dirigea sa marche vers Marvejols (…)

Maître de cette première place, Charrier fit avancer le lendemain son armée sur Mende, chef-lieu du Département. Les patriotes, qu’il avoit fait prisonnier à Rieutort, marchoient enchaînés à la tête de son avant-garde, et leur vie répondoit de la résistance qu’on pouvoit opposer à son passage. Le 27, à dix heures du soir, l’armée chrétienne se rendit maîtresse de la ville de Mende, qui ne montra pas plus de résistance que celle de Marvejols, par l’absence de plusieurs des citoyens sur lesquels on pouvoit compter, et qui faisoient partie d’un détachement envoyé ailleurs. Quelques heures auparavant, la terreur en avoit fait fuir ce qui restoit de patriotes. Charrier comptoit pour ainsi dire, autant de complices que d’habitants (…)

Le vingt-neuf, les troupes du Gard qui s’étoient réunis à Florac, se divisèrent en deux colonnes : l’une prit le chemin de Saint-Etienne, et l’autre celui de Balsièges. Celle-ci s’étoit déjà avancé vers le bois de Choisal, où elle arrêta trois hommes portant la cocarde blanche : ils furent de suite mis à mort (…) Deux jours après un même nombre de ces brigands (* environ 150) furent rencontrés par une patrouille de cette même colonne, et mis à mort sur-le-champ (…)

Le 30, les Gardes nationales de la Haute-Loire et du Cantal partirent de Saint-Chély au matin, et s’acheminèrent vers Mende, on ignoroit si Charrier y étoit encore. A sept heures du soir, notre armée se trouva sur la montagne à l’est qui domine cette ville. Une de nos patrouilles fusillée par quelques sentinelles de la troupe de Charrier, fit croire que ce scélérat y étoit encore. Arrivés au porte de Mende, à huit heures, ce fut là seulement que nous apprîmes qu’il en étoit sorti au matin avec son armée, après y avoir laissé environ trois cents hommes pour la garder. Charrier courut s’emparer du fort de Chanac, où il savoit que l’Aveiron envoyoit des forces. C’est entre ce château et Marvejols qu’il rencontra les troupes de l’Aveiron au nombre de dix huit cents hommes : le combat s’engagea, plus de huit cents rebelles furent tués ; mais le nombre l’emportant sur le courage, les nôtres furent forcés de se replier en laissant leurs canons au pouvoir des ennemis, par la faute des conducteurs, qui les abandonnèrent. C’est à l’exception de sept hommes tués ou blessés, la seule perte que les patriotes essuyèrent.

Cependant des forces accouroient de toute part au secours de la Lozère, et dès le 31 plus de vingt mille hommes des Départements de la Haute-Loire, du Cantal, du Gard et de l’Ardèche se trouvèrent réunis dans la ville de Mende (…)

Demain l’on doit fouiller la forêt d’Aubrac, ou une partie d’entre eux s’est réfugiée : d’autres troupes se portent vers les côtes, sur la rivière du Tarn, où quelques uns se sont jetés (…) Législateurs, reposez-vous sur notre zèle, il ne nous en échappera pas un seul (…)

Rien ne manqueroit à notre triomphe si nous n’avions à pleurer plusieurs patriotes que Charrier a immolés à sa vengeance, non pas au champ de bataille, où il n’a pas été heureux, mais dans leurs foyers ; mais en les plaçant à la tête de ses avant-gardes pour leur faire recevoir les premiers coups de fusils ou les faire égorger après : de ce nombre sont deux prêtres constitutionnels et le citoyen Blanquet, aubergiste de Marvejols, qu’il fit périr au milieu des plus longs tourmens, après lui avoir fait arracher les yeux. Ce sont des prêtres réfractaires qui, le crucifix à la main, animoient au carnage ces brigands, et allumoient leur fureur par leurs discours. Nous ne devons pas omettre une circonstance qui prouve la lâcheté des moyens que Charrier et ses complices ont employé. Un prêtre réfractaire travesti sous l’uniforme national et caché dans les rangs de notre armée, assassina ces jours derniers le citoyen Richard, général divisionnaire : nous soupçonnons d’autres monstres de cette espèce mêlés parmi nos bataillons, nous allons en faire une recherche exacte (…) il falloit nous défier des hôtes perfides qui, après avoir lâchement caressé le traître Charrier, arboré la cocarde blanche, effacé dans les rues, sur les portes de leurs maisons toutes les traces du nouveau régime, nous ont également prodigué les démonstrations de la plus basse adulation ; il falloit prendre des mesure de sûreté envers eux, envers tout le Département, où Charrier comptoit presque autant de complices qu’il renferme d’habitans (…)

P.S. Nous apprenons à l’instant que Charrier a été arrêté dans une grange près la forêt d’Aubrac. Les autorités constituées de Marvejols, nous en donnent la nouvelle officielle ; et un de ceux qui ont contribué à son arrestation, le citoyen Grandet aîné, arrive à l’instant pour nous en instruire (…)

 

Le m.re de l’Intérieur aux ad.eurs du D.re

Du Dép.t de la Lozère

Paris, le 8 juillet 1793

Le m.re de la justice… vient de m’envoyer une lettre que lui a écrite l’accusateur public de votre département par laquelle il fait connaître qu’on ne doit attribuer les malheurs de cette contrée qu’à la grande quantité de prêtres dont elle est infectée et qu’on ne peut espérer d’y rétablir une parfaite tranquillité qu’après en avoir expulsé entièrement ces prêtres errants qui répandent dans les campagnes le funeste poison du fanatisme et excitent à la révolte un peuple ignorant (…) C’est en opérant l’anéantissement de cette race aussi pernicieuse que scélérate que vous assurerez un triomphe durable à la république…

(*reprend mot à mot les termes de la lettre du ministre de la Justice du 3 juillet à lui adressée et ajoute : « J’ai cru devoir instruire le Comité de Salut public de la négligence coupable que les Corps administratifs avaient mise à purger ce département des prêtres réfractaires. C’est à vous, mon cher collègue, à vous faire rendre compte de cette négligence et à prendre les mesures convenables pour la faire réparer le plus promptement possible »).

Copie d’une lettre écrite au Ministre de la Justice par le C. Dalzas ( ?) accusateur public du département de la Lozère

Mende, 16 juin 1793

Je crois, Citoyen Ministre de la Justice, vous avoir marqué par ma dernière que pendant le temps que le tribunal criminel de ce département à siégé à Florac, chef lieu d’un de ses districts, il y a jugé et condamné à mort quarante six rebelles, faisant partie d’une bande qui allait joindre la troupe de Charrier (…) Ces 46 condamnés à mort ne furent pas exécutés dans les 24 heures faute d’exécuteurs ; ils l’ont été depuis.

Le tribunal criminel étant revenu à Mende y a pris séance, le 11 de ce mois : Il y avait ici beaucoup de détenus qui avaient été saisis pour avoir été du nombre des Rebelles commandés par Charrier. Je me suis tout de suite occupé, sans relâche, de la poursuite à faire contre eux. Il en fut jugé 20 avant-hier et 3 Prêtres. Les trois Prêtres et cinq des autres furent condamnés à mort ; ils ont été exécutés hier. Les quinze autres ont été déchargés et ont été mis en liberté. Il en reste encore de 60 à 80. Je continuerai mes poursuites avec activité pour les faire juger… Mais ce n’est rien faire si on ne purge pas le département des Prêtres réfractaires qui y sont errant et qui l’infectent par leur soufle empoisonné : Sans eux jamais il n’aurait été question de Charrier qui n’aurait eu aucun moyen pour tenter la moindre chose : Ce sont eux seuls qui ont opéré la formation du rassemblement que ce scélérat commendait. C’étaient eux seuls qui en répandant le poison du fanatisme dans ce département, dont le peuple est le plus superstitieux et le plus ignorant de la République, ont trompés les crédules habitants des parties les plus fanatisées, en les induisant à se rassembler et à s’armer pour soutenir la Religion et détruire le nouveau Régime. C’étaient eux qui conduisaient… les bandes de la troupe de Charrier ; car celui-ci n’était qu’un lâche, que la vanité pour se rendre un personnage avait engagé à prendre ce parti. Ce sont eux seuls qui sont la cause des vexations, des pillages, des atrocités et des meurtres auxquels se sont livrés sous leur conduite les Bandes de la Troupe commandée par Charrier.

Je vous ai déjà marqué que le chef des rebelles, lorsqu’il a été saisi, a été conduit à Rhodez où il est détenu. Le tribunal criminel de la Lozère l’a réclamé pour le juger (…) Ce supplice y aura les effets les plus avantageux et détrompera le peuple. Car déjà les Prêtres réfractaires errants d’un côté et d’autre ont répandu que la nouvelle de la prise de Charrier était fausse et que celui que l’on avait à Rhodez était un autre individu qu’on faisait passer faussement pour Charrier (…)

La porte d’entrée de mon appartement fut ouverte (*pendant la prise de Mende) de force par effraction (sic), ainsi que celle d’une armoire et ce qui m’a été enlevé est pour moi une perte de sept cents livres, y compris un assignat de sept cents livres.

Le ministre de l’Intérieur

Aux Ad.eurs du D.re du Dpt de la Lozère

Paris, le 31 août 1793 (*brouillon)

(…) Que chaque ad.on remplisse les devoirs sacrés que lui imposent les loix, que partout les ennemis intérieurs de la liberté soient mis hors d’état de nuire, alors elles pourront avec sécurité diriger leurs administrés contre les satellites des Despotes, et assurer bientôt le bonheur qu’ont si bien mérité les français par les nombreux sacrifices qu’ils ont faits et qu’ils répètent sans cesse avec un dévouement vraiment héroïque. Elles seraient bien coupables les administrations qui, par leur négligence, trahiraient l’ardent Patriotisme qui anime tous les amis de la liberté, et les mettent dans la cruelle alternative de laisser dévaster leurs foyers par les monstres qui déchirent leur patrie, pour aller repousser les Tyrans qui secouent sur nos frontières les chaînes de l’esclavage, ou de laisser envahir la terre de la liberté pour pouvoir se défendre contre les tigres du dedans. Regardés autour de vous, citoyens, s’il ne vous reste rien à faire à cet égard, employés utilement et une fois pour toutes les forces que vous avez appellée par votre arrêté du 20, et que des mesures promptes et efficaces vous rassurent et vos voisins sur tous mouvements intérieurs.

Lozère, s.d. (vers août 1793)

(en marge) : il y a des mesures prises postérieurement par le Comité de Salut public.

Le Procureur Sindic du District de S.t Chély a dénoncé au Dp.t de la Lozère des rassemblements de contre Révolutionnaires dans la paroisse de ( ?) et plusieurs familles qui se montrent toujours avec l’Etendard de la Révolte et accuse le District de Marvejols de fermer les yeux sur ces particuliers.

Il lui a fait part aussi que des citoyens de son District, Déserteurs, s’étaient réfugiés en ( ?) et lui a demandé des ordres pour se transporter à Aurillac et S.t Flour Département du Cantal pour faire arrêter ces lâches.

Enfin il lui annonce que le ci-devant marquis d’Apcher est sur la montagne de la Margeride où de concert avec un N.e Noyant, il organise une nouvelle Révolte (…)

On observe sur ces mesure que le Département ne serait pas dans une telle inquiétude s’il eut fait exécuter les Loix contre les Prêtres et gens suspects. Le ministre le lui a écrit dernièrement en lui recommandant de faire désarmer et arêter tous ceux qui pouvaient nuire à la tranquilité. Il a écrit en même temps au Département du Cantal.

Au surplus cette administration n’a jamais montré d’activité. Lors de la d.re Révolte de la Lozère, elle n’a fait que fuir. Le ministre n’a pas reçu une seule lettre d’elle sur cet Evénement. Le District de S.t Chély a tout fait.

Les Commissaires de la Convention ont fait arrêter les membres de cette ad.on et après examen des Papiers ils les ont réintégré dans leurs fonctions ; mais il n’en reste presque plus dans l’ad.on.

Les Commissaires de la Convention dans cette partie montrent également peu d’activité ; on ne sçait pas si à raison du trop grand arrondissement qu’ils ont à surveiller.

Les ad.ons du Cantal et de la haute Loire ne sont pas faciles à pénétrer. Elles ne parlent jamais que d’objets particuliers d’ad.on. En général, ces administrations si réservées sont des modérés qui laissent fermenter et organiser les désordres les plus grands. Pendant qu’elles dorment les malveillants veillent. Il serait bien important que le Comité de Salut public excite fortement la vigilance des Commissaires de la Convention dans cette partie gangrenée de la République.

Le Ministre de l’Intérieur aux C.ens Représentants du Peuple

composant le Comité de Salut public à la Conv.on N.le

Paris, le 24 du 1er mois de la deuxième année R.

L’Administration du Département de la Lozère, Citoyens, m’ayant fait part de ses inquiétudes sur des rassemblements de malveillants, dont elle avait reçu avis, j’écrivis à celle du Département de l’Aveyron où elle m’assurait que ces rassemblements se formaient, pour lui recommander la plus grande activité dans l’exécution des Loix sur le désarmement et l’arrestation des gens suspect. Vous verrés, Citoyens, par la copie ci-jointe de la réponse que j’en reçois qu’il existe effectivement dans son ressort un noyau de Brigands qui commettent les plus grands crimes, que ces monstres se renforcent à chaque instant d’une multitude de déserteurs et que ce Département se trouve dénué d’armes pour détruire ces Brigands ou dissiper leur rassemblement, tant par les pertes qu’il a faites dans la Lozère que par l’armement des volontaires partis pour les frontières.

Je réponds à cette administration qu’elle doit faire lever simultanément le Peuple, faire marcher la gendarmerie qui peut être à sa disposition et enfin employer tous les moyens les plus sûrs et les plus prompts pour fouiller les bois et purger son Ressort de tous les malveillants ; mais je vous avoue, Citoyens, que je n’attends pas de grands effets de ces exhortations. Le Peuple et les administrateurs de cette partie de la République et particulièrement de la Lozère, dont l’ad.on est en vain vivement stimulée depuis longtemps, me paraissent atteints d’une apathie, peut-être même d’une indifférence coupable, qui exigent toute votre sollicitude, et sans doute la présence dans ces contrées de Représentants du Peuple pleins de zèle, d’activité et d’énergie. Je vous engage, Citoyens, à rassembler les différents renseignements que je vous ai transmis et que vous avés pu recevoir par d’autres voyes, de réfléchir sur leur importance, de vous rappeler que toujours ces contrées ont été tourmentées par les contre révolutionnaires, et de déterminer dans votre sagesse ce qu’il convient de faire pour les garantir dorénavant des influences aristocratiques et fanatiques…

 

Les administrateurs et procureur général sindic du département

de l’Aveiron au Citoyen Ministre de l’Intérieur

Rodez, le 28 septembre 1793

Les instructions que vous nous annoncés par votre lettre du 31 du mois dernier, que le Département de la Lozère vous a transmises au sujet des causes et de l’origine de l’insurrection de charrier, nous feroient du tort si pour empêcher qu’on ne puisse plus confondre les méchans nous n’entrions ici dans un détail qui vous fixera mieux que vous n’avez pu l’être d’après les assertions qui calomnient le Département de l’Aveiron dont nous espérons que vous voudrez être la sauvegarde auprès de la Convention et du Conseil exécutif.

Le moyen de se persuader que ceux qui habitent si près des lieux où exista le camp de Jalès et qui ne sont pas loin du tombeau de Salian, qui donnèrent azile à un grand nombre de Contrerévolutionnaires qui furent élevés au grade dans l’armée de ce Chef, et qui, à sa mort, lors de la destruction de ce camp et dans leur déroute, allèrent se réfugier dans le département de la Lozère où ils vécurent dans une parfaite sécurité pendant plusieurs années, le moyens disons nous de concevoir que de bons citoyens qui habitent dans ce département où depuis le nouvel ordre des choses il exista constamment un foyer de contrerévolution, aient pu se permettre de bonne foi de nous attribuer la naissance des derniers troubles et les placer dans notre département qui se leva presque tout entier pour voler au secours de Marvejols et de Mende dont Charrier s’étoit déjà emparé, et pour rétablir dans leur foyer les patriotes, les magistrats, enfin toutes les autorités constituées du département de la Lozère que le bruit de l’arrivée de Charrier avec la Troupe qu’il Commandait avoit obligé de prendre la fuite voyant que ce Chef qui entra dans Marvejols et Mende, villes les plus considérables de leur département qui se livrèrent plutôt qu’elles ne se rendirent puisque Charrier y entra sans coup férir et dans la confiance de s’y fortifier, tant il étoit sûr du pays et de l’esprit du plus grand nombre des habitants.

Vous ne pouvés voir sans étonnement qu’après le sacrifice en hommes, en armes, en subsistances et autres objets qu’à fait notre département ne faveur de Celui de la Lozère pour aller Combattre ses propres rebelles, on ait voulu insinuer que le mal venoit de nous, de nous qui nous étions armés pour aller les détruire dans sa véritable source, et pour aller délivrer Marvejols et Mende, au premier avis qui nous fut donné, que ces villes étoient au pouvoir des rebelles.

L’ardeur des Troupes qui voulurent marcher en trop grand nombre, augmenté par le premier succès qu’elles eurent à Marvejols qui fut repris par elles, d’ailleurs composées d’hommes qui ne consultoient que le désir de renforcer leurs frères des départements voisins les empêcha de prévoir aucun danger, et de voir qu’étant peu au fait du maniement des armes et sans chefs capables de les conduire ils pouvoient échouer, ce qui arriva en effet à l’affaire de Chanac en allant faire évacuer les villes qui avoient été prises dans le département de la Lozère parce qu’ils s’étoient engagés dans des gorges, dans des défilés, où ils se virent au moment de se faire tailler en pièces par l’armée de Charrier qui étoit dans une position supérieure et des plus avantageuse ce qui força notre troupe à se débander pour se sauver par la fuite, elle fut si prompte que pour pouvoir aller plus vite, la plupart des citoyens épouvantés parce que c’étoit pour la première fois qu’ils avoient vu le feu, cherchèrent à se débarrasser de leurs fusils, de leur sabre pour être moins gênés dans la marche de leur triste retraite.

C’est ainsi qu’au lieu de pouvoir exterminé l’armée de Charrier, composée des débris du camp de Jalès, des mêmes contrerévolutionnaires qui s’étoient retranchés dans la Lozère lorsque Salian fut défait et qui avoient attendu un moment favorable pour reprendre les armes, il arriva que notre déroute de Chanac arma la plupart des soldats de l’armée de Charrier qui ne l’étoit pas encore. Ce revers fut d’autant plus funeste à notre département qu’il nous dégarnit d’une grande quantité de fusils et autres armes, ce qui découragea nos administrés, de telle sorte qu’il a fallu du temps pour leur faire reprendre de l’énergie : il est vrai de dire que ce qui fit qu’il n’achevèrent pas de s’abattre fut la prise qu’ils firent de Charrier dans une seconde sortie, de Charrier qui leur avoit coûté des pertes que nous réparerons difficilement : mais sa tête tomba enfin dans nos murs, sous le glaive de la Loi (…)

Ces mêmes monstres errent dans ce moment dans les bois d’alentour et savent se renforcer à chaque instant d’une multitude de déserteurs qui courent nos campagnes (…) déjà ils ont fait sortir plusieurs petits détachements qui se sont portés dans les maisons des meilleurs patriotes, ils ont assassiné, égorgé dans sa propre maison, un des Commissaires que le District de Severac avoit envoyé pour disposer la levée en masse : un officier municipal venant de conduire le contingent des soldats de la commune a été également assassiné dans la Route. Nous ne finirions pas si nous devions énumérer les crimes et les brigandages qui se commettent dans tous les lieux où ces brigands sont assurés de ne pas trouver des forces capables de leur résister.

Le M.re de l’Intérieur au C.en ( ?)

du département de la Lozère

Paris, 30 août 1793

J’ai reçu, Citoyen, avec votre lettre du 18ème jour de ce premier mois l’arrêté que le D. de votre Départ.t a cru devoir prendre le 17ème, d‘après les avis qui lui ont été donnés par les Districts de Marvejols et de S.t-Chély, sur les complots que les malveillants et les fanatiques trament encore contre la liberté.

J’approuve l’arrêté dont il s’agit. Je regrette que les mesures qu’il renferme n’ayent pas été prises plus tôt, mais j’espère que votre ad.on en suivra l’exécution avec vigueur et toute la prudence nécessaire pour les rendre fructueuses. Elle doit aussi destituer promptement les officiers municipaux insouciants et mal intentionnés et les remplacer par de bons citoyens.

Je vois avec la plus grande peine l’abandon dans lequel vous laissent les représentants du peuple comm.res ; et je ne cesse de faire connoitre au comité de salut public votre fâcheuse position ; Je vous incite de votre côté à ne pas cesser d’appeler à vous les comm.res de la Convention, qui ont seuls le droit de réorganiser votre ad.on ainsi que celles de vos Districts.

Extrait de la lettre écrite au Ministre de la Guerre par le Général Ferrière

datée de Marvejols le 6 du 2ème mois (9 novembre 1793)

(… *ces divers bataillons) sont très suffisants pour y établir la tranquillité d’une manière imperturbable ; d’autant mieux qu’il n’existe dans cette partie aucune espèce d’Insurrection, ni de rassemblement réel. Il s’agit seulement d’arrêter les Prêtres réfractaires et d’autres Brigands composés pour la plupart de déserteurs, cachés dans des repaires, qu’il sera facile de découvrir et de détruire, et qui ne pouvant plus subsister dans les bois et sur les montagnes, seront forcés à cause des neiges, de descendre dans les fonds où ils seront immanquablement arrêtés, au moyen des Postes qui y seront distribués. Je ne doute pas que d’ici à deux mois le Dep.t et les parties limitrophes qui ont constamment donné de l’inquiétude, ne marchent aussi bien que les autres Dep.t de la République (parce que le Peuple quoique très fanatisé, y est sans énergie). Si les corps administratifs veulent profiter des moyens qu’ils auront pour faire exécuter les Loix dans toute leur plénitude ; mais il est bien malheureux que dans leur composé il se trouve beaucoup de personnes peu énergiques et quelqu’autres très éloignées des vrais principes ; il seroit très urgent qu’il leur fut donné une impulsion vive, capable de les obliger à suivre la machine : et alors l’exécution des loix ne pourra souffrir aucune entrave.

(Jourdeuil) L’adjoint au ministre de la Guerre pour le 5ème Division.  

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser, Laurent Dingli, « 1793 : Charrier et la révolte royaliste en Lozère », dans Les carnets de Laurent Dingli, juin 2008.

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