Pollution de la Loire par la raffinerie Total de Donges

Le 16 mars dernier, plus de 400 tonnes de fuel lourd se sont échappées d’une canalisation de la raffinerie Total de Donges avant de se déverser dans la Loire. Il a fallu cinq heures à Total pour donner l’alerte. Suite à cet accident grave, les plages de Pornichet et de La Baule ont été fermées. Aujourd’hui même, 2 avril, une pollution aux hydrocarbures est signalée sur l’île de Ré sans que nous sachions encore s’il s’agit de la conséquence d’un dégazage en mer ou des suites de la fuite de Donges.

Interrogé hier par François Coulon d’Europe 1 sur la vétusté des installations, Philippe Doligez, vice-président du département raffinage de Total, a répondu : une ligne de 1964 pour ce type de produit, ce n’est pas anormal et il n’y a pas de rapport entre la fuite et l’âge de la tuyauterie. Il n’y a pas eu de négligence. La raffinerie de Donges avait un système de suivi de ces tuyauteries et il a été appliqué ; il y avait un système de ronde opérateurs qui a été réalisé. Je ne vois pas pourquoi on pourrait dire qu’il y a eu une négligence. Suite à cette accident, nous avons demandé à ce que toutes les tuyauteries qui soient à proximité d’une zone sensible - on peut penser à des plans d’eau, à des rivières… à des zones difficiles d’accès - soient systématiquement inspectées (…) avant la fin du mois d’avril (1).

Le journaliste précise en conclusion de l’interview : la canalisation incriminée, longue de 4, 8 km, avait été contrôlée visuellement il y a quatre ans. Dans l’urgence, Total a affecté un surveillant 24h sur 24 le long de la Loire. A terme, des caméras thermiques pourraient prendre en charge les trente mille kilomètres de tuyauteries de la raffinerie de Donges.

Ainsi, n’y avait-il rien d’anormal, les contrôles avaient été réalisés et, dans le même temps, on s’empresse d’effectuer une inspection générale, d’employer un surveillant à plein temps et, sans doute, d’utiliser à terme des caméras thermiques. Pourquoi ces moyens n’ont-ils pas été mis en œuvre plus tôt ? L’enquête diligentée sur cette affaire répondra probablement à cette question mais, d’ores et déjà, nous pouvons nous interroger sur les moyens que Total consacre à la sécurité de ses installations.

Le système de détection était-il suffisant comme le prétend l’entreprise ? Et pourquoi un tel délai a-t-il été nécessaire pour réagir ?

Il n'y a pas eu de négligence, mais on ne peut pas résumer ça à de la malchance, a encore précisé lundi Philippe Doligez. On va tirer toutes les leçons de cet accident, et remettre en cause nos politiques de sécurité et d'environnement.

Mais les explications de Total, assorties d’excuses et de la promesse de prendre en charge les dégâts à hauteur de dix millions d'euros, n’ont pas convaincu François de Rugy, député (Verts) de Loire-Atlantique, qui a demandé la création d'une enquête parlementaire, estimant que cette marée noire aurait pu être évitée.

Une fois encore, des centaines d’hommes, munis de gants et de combinaison de protection, sont obligés d’effectuer un travail de fourmi, à genoux, nettoyant les berges et les plages souillées, centimètre par centimètre. C’est le cas notamment dans une roselière, à l’ouest de Paimboeuf, située en zone Natura 2000 où les roseaux ne pourront malheureusement pas être nettoyés, sans parler des dégâts irréversibles causés à la faune : des membres de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) se partagent le secteur afin de procéder au comptage des animaux mazoutés. Environ la moitié des 300 avocettes observées sont touchées, le cinquième des 200 tadornes de Belon, 90 sur les 1 500 bécasseaux variables (2).

Ce bilan n’est que l’arbre qui cache la forêt, ajoute la LPO dans un communiqué du 21 mars. Les oiseaux mazoutés vont, en effet, s’intoxiquer avec les particules d’hydrocarbures, en nettoyant leur plumage avec leur bec, et succomber à des pathologies pulmonaires en raison de la perte progressive d’étanchéité de leur plumage.

Pour les éloigner des zones polluées, des canons à effarouchements ont été mis en place jeudi soir par l’OFNCS, à l’initiative de la LPO. Si le vent tombe, ils seront actionnés samedi matin.

La coordination avec les ONG de protection de la nature est par ailleurs absolument nulle. C’est par voie de presse que la LPO a été informée de l’accident survenu la veille. Dans son communiqué du 21 mars, Allain Bougrain-Dubourg conclut: Six jours après la catastrophe, la LPO n’a toujours pas été contactée par Total pour éclairer la situation et cordonner les actions à conduire.

(1) Jérôme Dupont, directeur de la raffinerie, a précisé lundi, lors d'une conférence de presse : Chaque jour, trois rondes de surveillance sont faites par des opérateurs qualifiés. Or, le jour des faits, il n'y avait pas de fuite à 9h. Elle a débuté vers 11h et a été repérée à 17h.

(2). Soazig Quemener, le JDD du 30 mars 2008.

Liens : sur la difficulté du nettoyage voir notamment le reportage du JT de 13h de TF1 sur le site de LCI.fr. L'urgence consiste à enlever le plus gros des polluants avant l'arrivée des grandes marées. Concernant la pollution aux hydrocarbures sur l'île de Ré et le mazoutage d'une cinquantaine d'oiseaux, voir la vidéo de France 3 Ouest.

Mercredi 2 avril 2008

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