Un livre au style offensif, puissant, comme un coup de poing en plein visage ; une oeuvre exceptionnelle par la profondeur, la force et la justesse de ses personnages. Tout d’abord, le trio infernal : le fils, le « figurant prédestiné » décrit par Racamier, c'est-à -dire l'enfant éternel, le condensé de servitude volontaire, de faux-semblants et d'impostures, le petit garçonnet de quarante ans, qui reste, indécrottable, aux ordres de sa jolie "maman", le doigt posé avec mollesse sur la couture du pantalon ; ensuite, le père, nul, vide, sorte de néant incarné et agissant, l’indispensable absent, le pantin cadavérique, la virilité postiche dont l’humanité offre tant de funestes exemples ; enfin la mère toute puissante, meurtrière, pleine de morgue et de fiel, femelle avide de pouvoir, matrone qui déborde, envahit, écrase et subjugue sa timide progéniture ; reine-mère effroyable, qui s‘impose comme la référence, l‘origine de nos dieux et de nos absolus criminels ; c'est la vieille putain de toujours, fardée et grimée en Bonne Mère... Devant le trio, gît enfin la victime : la jeune femme, mal aimée parce qu’aimable, la créature à abattre, la dangereuse, le grain de sable minuscule dans la mécanique de la sotte et sainte famille. Elle est la Frida de « ces gens-là », chantée par le grand Jacques, la vie et l’amour impossible, la perturbatrice éphémère dont la marâtre se débarrasse d'un simple battement de cil... Un très grand livre.