Asiles de Fous de Régis Jauffret

Un livre au style offensif, puissant, comme un coup de poing en plein visage ; une oeuvre exceptionnelle par la profondeur, la force et la justesse de ses personnages. Tout d’abord, le trio infernal : le fils, le « figurant prédestiné » décrit par Racamier, c'est-à-dire l'enfant éternel, le condensé de servitude volontaire, de faux-semblants et d'impostures, le petit garçonnet de quarante ans, qui reste, indécrottable, aux ordres de sa jolie "maman", le doigt posé avec mollesse sur la couture du pantalon ; ensuite, le père, nul, vide, sorte de néant incarné et agissant, l’indispensable absent, le pantin cadavérique, la virilité postiche dont l’humanité offre tant de funestes exemples ; enfin la mère toute puissante, meurtrière, pleine de morgue et de fiel, femelle avide de pouvoir, matrone qui déborde, envahit, écrase et subjugue sa timide progéniture ; reine-mère effroyable, qui s‘impose comme la référence, l‘origine de nos dieux et de nos absolus criminels ; c'est la vieille putain de toujours, fardée et grimée en Bonne Mère... Devant le trio, gît enfin la victime : la jeune femme, mal aimée parce qu’aimable, la créature à abattre, la dangereuse, le grain de sable minuscule dans la mécanique de la sotte et sainte famille. Elle est la Frida de « ces gens-là », chantée par le grand Jacques, la vie et l’amour impossible, la perturbatrice éphémère dont la marâtre se débarrasse d'un simple battement de cil... Un très grand livre.

Répondre

Le contenu de ce champ est gardé secret et ne sera pas montré publiquement.
CAPTCHA
This question is for testing whether you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
Image CAPTCHA
Copiez les caractères de l'image en respectant la casse.