Le célibat des prêtres et la rétention des pulsions dans l'Occident chrétien

Commentaire posté sur le blog d'Authueil

Mardi 27 mai 2008

Vous rappelez que le célibat des prêtres, est une institution créée par l'Eglise catholique. A ce propos, vous en soulignez les inconvénients. Je ne voudrais pas entrer ici dans une querelle théologique ou historique. J'ai d'ailleurs plus de questions à poser que de réponses à donner. Par exemple, dans quelle mesure le célibat des prêtres et surtout, le retard de l'âge au mariage, acquis progressivement sous l'impulsion de l'Eglise catholique, ont-ils favorisé une rétention des pulsions, elle-même propice à l'épanouissement culturel de l'Occident ? Je crois me souvenir que Jean-Pierre Vernant avait écrit un article très éclairant sur ce thème, en comparant notamment le monachisme chrétien et la tradition brahmanique. La rétention des pulsions dans l’Occident chrétien fut aussi l'une des marottes de Pierre Chaunu, lui-même prédicateur laïc réformé. Je ne dis pas, bien entendu, a contrario, que le mariage des pasteurs ou des rabbins aient pu nuire, d'une quelconque manière à la production intellectuelle des communautés ou sociétés juives et protestantes - ce qui serait une aberration - je doute seulement que le célibat et le retard de l’âge au mariage (que vous n’évoquiez pas il est vrai) n’aient eu que des effets négatifs. Je sais bien que la question du monachisme peut-être séparée de celle du célibat des prêtres séculiers, mais je me situe volontairement dans une perspective historique plus large. La religion touche d’ailleurs ici de fort près à la psychologie collective. Si l’on poussait un peu loin le raisonnement, on pourrait dire que cette « stratégie » ecclésiastique de rétention s’inscrit dans un processus pluriséculaire de libération de l’homme par rapport à ses instincts : alimentation, reproduction (je m’écarte de la seule question du célibat des prêtres, mais elle me semble liée à la pratique sociale d’une époque donnée). Une précision : quand je parle de processus de libération, je ne me situe nullement dans une perspective qualitative ou morale, j’évoque seulement un quantum d’énergie libérée en faveur de la sublimation, au sens psychanalytique du terme.

Commentaire publié en réaction à l'article "Un message pur et parfait" sur le blog d'authueil.