La Ligue des Droits de l'Homme et la politique de l'immigration

Commentaire posté sur le blog du procureur Philippe Bilger 

Samedi 10 mai 2008

Je rejoins le commentaire de "Sept ans en 1968" sur la Ligue des Droits de l'Homme. Depuis longtemps déjà, elle n'a plus aucune crédibilité.
Pour les sans-papiers, mon avis diffère du vôtre, semble-t-il car, si le fait d'établir des quotas d'immigration ne me choque nullement, à quelques réserves près ; en revanche, les quotas rigides d'expulsion, loin de consolider notre identité nationale, ne font en réalité que lui porter atteinte. (J’en ai déjà dit un mot sur le blog de Sa Très Grande Suffisance Maître Eolas). Je ne dis pas que nous devons pas lutter contre l'immigration illégale. Mais, chacun sait qu'au-delà de la lettre de la loi, déjà rendue plus sévère à diverses reprises en matière de contrôle de l'immigration, au-delà donc des textes, il existe un état d'esprit, une philosophie qui préside à leur application. Et celle-ci est inutilement vexatoire.
Je me méfie des positions extrêmes en matière d’immigration. C’est un sujet douloureux et complexe. Je donne crédit à Nicolas Sarkozy d’avoir été le premier président de la Vème République à avoir su éliminer le Front national de la scène politique française. Il l’a fait sans pour autant reprendre à son compte les thèses de ce parti contrairement à ce que répètent quelques perroquets socialistes en déroute. J’ajoute que le fait même d’avoir accolé le terme d’identité nationale à l’intitulé du ministère de l’immigration ne m’avait pas choqué. Nous savons trop qu’en ayant fait de cette question un sujet tabou, les socialistes, puis Jacques Chirac - dont le courage n’a jamais été la première vertu, avaient porté le parti d’extrême droite à un niveau inégalé depuis la deuxième guerre mondiale (1). Et ce sont les mêmes pourtant, notamment certains internautes de ce blog, qui ont eu le ridicule de comparer la politique du gouvernement à celle de Vichy. L’identité nationale n’est pas une question secondaire. C’est un terrain miné, un thème explosif sur lequel il ne faut jamais s’interdire de réfléchir. Que certains en profitent politiquement, à droite comme à gauche, est une autre affaire.
Il est par ailleurs très difficile de trouver le bon équilibre entre l’accueil nécessaire des immigrés dans de bonnes conditions et la volonté de préserver une certaine cohésion nationale, tant sur les plans économique qu’identitaire. Ce n’est pas seulement un défi pour la France mais pour l’Europe entière. Il ne faut pas se sentir constamment menacés, mais il ne faut pas non plus éluder les problèmes que pose l‘immigration, suivant une vision idéologique et idyllique des rapports humains. Certains utopistes, tel Monsieur Reffait, prônent à la fois l’ouverture complète des frontières et l’assimilation totale des ceux qui entreraient ainsi de manière massive sur le territoire, sans même se rendre compte du niveau d’extravagance qu‘atteignent leurs contradictions. Tentons plutôt de réfléchir à des voies médianes, respectueuses aussi bien de ceux qui vivent déjà sur le territoire national - qu’ils soient d’origine immigrée ou pas - que de ceux qui y seront accueillis.
Pour en revenir d’un mot sur l’immigration choisie. Une question, en apparence anecdotique, me hante. Est-ce qu’une femme seule, sans relations ni métier « utile », veuve, russe, juive et d’une francophilie presque fanatique, est-ce que cette femme qui avait transité un temps par la Pologne, et qui n’était autre que la mère de mon cher Romain Gary, obtiendrait aujourd’hui ses papiers ?

(1) J'ajoute à propos de Jacques Chirac : cela n'enlève rien au combat ferme qu'il a su mener contre l'extrême droite (uniquement après 1995). Mais ce combat, malheureusement, n'a pas été soutenu par une réflexion sur la question de l'immigration.

Réaction à l'article Un faux bilan, publié sur le blog de Philippe Bilger.