Les écolos de la vingt-cinquième heure et le business vert

Dans notre brillante époque où ce qui compte n’est pas ce qu’on fait, mais ce qu’on affiche, sous nos médiatiques latitudes où le nec plus ultra n’est pas l’ancienneté du combat ni la profondeur des convictions, mais l’habileté avec laquelle on saura soi-même se vendre, comme d’autres le font, mais de manière plus respectable, sur les trottoirs ; en ce temps de nullité tapageuse, de clinquant et de médiocrité triomphante, voici donc venir la parade des écologistes de la vingt-cinquième heure. Il faut voir comme cette horde de drôles se pousse et se presse pour être au devant de la scène, face aux caméras ou couchée sur du papier glacé : profiteurs de nobles causes, recycleurs de bonne conscience, militants d‘un jour, ils n’ont pour objectif réel que de flatter leur ego et de nourrir leur vulgaire appétit de prébendes.

Tiens, j’ouvre justement le magazine VSD, attiré par le titre banalement putassier : « VSD se mobilise pour la planète ». La planète, bien sûr, c’est la dernière marchandise à la mode, pas même une prise de conscience, un cri, un combat, une douleur déchirante, mais la foire d’empoigne, le déballage narcissique, l’étalage des vanités, l’encan des produits dérivés et du tiroir-caisse pour marchands du temple et autres publicains affriandés. Ce n’est pas l’écologie qui va changer le capitalisme, mais le capitalisme qui avale déjà l’écologie, la digère et la recrache sous forme de stocks options et d’indices boursiers. Nous voici donc cadenassés, comme toujours dans l’histoire humaine, entre le business de l’image, la voracité des affairistes et le fanatisme des alter-communistes, recyclés comme le papier ou le plastique en écologistes. Faut-il donc se résoudre à vivre dans la jungle ou dans le zoo, chantait déjà Jean Ferrat après l’écroulement de ses propres illusions ? TF1 vend ses shampoings Ushuaïa, EDF nous promet un monde radieux, et toutes les entreprises jouent désormais sur la protection de l’environnement. Un élan intéressé qui produit mille bons effets sans doute, et il ne faut pas dénigrer systématiquement cet engouement de l‘économie ou des petits youpees du Cac 40 pour l‘écologie. Mais diable ! combien de sornettes, de camelotes, de mensonges n’essaie-t-on pas de nous fourguer au cours de ce qui reste, tout de même, une vaste et joyeuse braderie du vivant ! Et pendant que certains donnent libre cours à leurs émotions idéologiques ou comptables, des irresponsables décérébrés, déculpabilisés par de bienveillants complices, continuent de rouler dans les villes en 4x4, de se gaver, de prendre l’avion à tout va ou d‘absoudre le ravage au nom d‘un prétendu développement économique. Pendant ce temps encore, la forêt primaire, continue d’être mise à sac en Indonésie, au Brésil, au Congo, parce que l‘or vert s‘est changé en or jaune, parce que des entreprises ont flairé la manne des « biocarburants ». Ces gens-là fabriqueraient un cercueil biodégradable pour leur propre mère si cela leur rapportait quelques sous supplémentaires. Ils ne posent pas un regard sur le monde, sur ce qui vit ou plutôt tente désespérément de survivre ; ils se contentent d’actionner la calculette qui leur fait office de coeur et de cervelle. Ils ne pensent pas diversité, vivant, espèces, mais unité de production, compétitivité, rendement, dividendes. Pour leur expliquer la nécessité de la biodiversité, il a fallu traduire celle-ci en unités monnayables, comptables, échangeables, en produits sur lesquels ils pourront encore spéculer et grappiller quelques miettes. Comprennent pas autre chose, ces gens-là, sont efficaces, pragmatiques, réalistes. Terre, forêts, océans, ils ne lâcheront pas le morceau tant qu’ils ne l’auront pas pressuré jusqu’à la dernière goutte. Beurk !

Derrière eux vocifère encore toute la cohorte des ratés de l’idéologie, des fanatiques de l’altermondialisme, les assassins au grand cœur et tous ceux dont le programme se résume à la haine des riches ; fardés de leurs bons sentiments, les voilà toujours prêts à renouveler leurs utopies meurtrières, leur philosophie simpliste digne des kermesses sanglantes d'hier. L’histoire les avaient pourtant jetés dans la fosse commune où ils avaient eux-mêmes enfoui tant de cadavres, mais voilà qu’ils relèvent la tête, voilà qu’ils rôdent encore, increvables, attirées comme des hyènes par l’odeur doucâtre de la charogne. Le petit facteur révolutionnaire et tous les premiers de la classe de la Révolution « à deux balles », pour reprendre son expression de beauf, tous jouent maintenant les champions de l’écologie, embobinant au passage quelques médiatiques naïfs. Et pendant ce temps encore, les Canadiens continuent d’anéantir les populations de phoques, les affairistes de Pékin et de Taiwan déciment toujours les tigres, les ours et les requins en leur faisant endurer d’indicibles souffrances… Le Canada exploite ses sables bitumineux en se moquant comme d’une guigne des conséquences, les Australiens ravage la forêt de Tasmanie et la France demeure le premier importateur de bois tropicaux. Les Etats-Unis n’ont même pas signé Kyoto et annoncent déjà une nouvelle ruée vers l'or. Et nos bateaux européens, nos compagnies forestières, nos banques sont toujours en bonne place dans cette course suicidaire. Une bande d'obèses crevant dans un un océan de misère, est-cela le progrès ?

VSD a donc choisi d’illustrer son dossier avec les photos de trente « engagés » pour la planète, des pionniers de l’écologie à « ceux qui reprennent le flambeau ». Et c’est ainsi que le magazine a l’indécence de faire figurer aux côtés de Théodore Monod, de René Dumont et de Diane Fossey, des personnages comme Nicolas Vanier et Georges Pernoud. Il n’y a vraiment aucune limites à l’imposture ! Nicolas Vanier, l’explorateur égoïste qui défend publiquement le massacre des phoques quand des associations se battent depuis plus de trente ans pour le faire interdire ! C’est cet homme que l’on a l’impudeur de faire figurer dans le même reportage que Diane Fossey, celle qui a protégé les gorilles au péril de sa vie et qui, en effet, en est morte. Et Théodore Monod ? celui dont le respect du vivant était un philosophie doublée d’une ascèse exemplaire, le voici en compagnie de Monsieur Thalassa, le sieur Pernoud, lequel ne s’est jamais intéressé à l‘environnement si ce n’est à la manière d’une remorque brinqueballant derrière une caravane. Quant à Jean-Louis Etienne, combien de fois avant la grande foire (médiatique) de 2006, combien de fois avant cette grande révolution de la mode paillettes écolo, l’ai-je vraiment entendu insister sur une catastrophe pourtant mille fois annoncée… par d’autres que lui ?

Mardi 1er avril 2008

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, "Les écolos de la vingt-cinquième heure et le business vert", dans Le carnet de Laurent Dingli, avril 2008.

Commentaires

Grace à votre blog ,

Grace à votre blog , j'ai ouvert les yeux , et découvert les horreurs que l'homme fait subir à sa planète,aussi bien au monde animal ,qu'au monde végétal. Cette folie destructrice me rend triste et me laisse parfois sans espoir pour notre terre. J'essaie de penser , dans mes gestes quotidiens, à ce qu'il faut faire ou ne pas faire . Mais comment stopper à temps cette locomotive folle que représente le déréglement climatique avec toutes les conséquences que cela entraine. Jusqu'ou cela ira-t-il? N'allons nous pas "droit dans le mur"?

Entre le découragement et l'action

Tout d'abord merci, Florence, pour votre appréciation. Il est difficile d'évoquer tant de sujets complexes et souvent douloureux sans ressentir soi-même ou susciter chez les autres une forme de découragement. Mais, je le dis souvent, l'action constitue un bon dérivatif à la tristesse, et parfois même à l'abattement. Or, il existe mille façons d'agir et aucune d'entre elles n'est inutile. Tout peut contribuer à progresser vers plus de respect pour notre environnement : écrire une lettre de protestation à un ministre ou à un député, signer une pétition, manifester, soutenir une association financièrement ou par du bénévolat, vivre en conformité avec ses principes, et même encourager des sites internet militants comme celui d'etyc auquel je souhaite bonne chance... Bien sûr, tout cela peut paraître bien dérisoire devant l'ampleur des saccages, mais plus nous serons nombreux, plus nous pourrons faire pression et orienter le mouvement. Aujourd'hui, voyez-vous, je viens justement de recevoir des nouvelles d'une jeune fille indonésienne qui travaille pour l'association Kalaweit dans le but de protéger les gibbons et les siamangs, à Sumatra et à Bornéo (avec le soutien de l'association One Voice). Or, cette jeune fille m'a confié que presque personne dans son entourage ne comprenait qu'elle puisse passer tant de temps pour une telle cause. On se moque d'elle à l'école, sa famille elle-même a du mal à la comprendre. Malgré tout cela, elle est fière de ce qu'elle accomplit, et elle peut l'être en effet (Je lui consacrerai bientôt un article). C'est vrai que les sujets de découragement ne manquent pas : l'incompréhension, la vie si fragile de ces singes, qui meurent régulièrement de maladie ou d'accident, le travail énorme qu'il faut fournir et la sensation de se battre contre des forces destructrices, mille fois supérieures. Et pourtant, ce petit bout de femme continue. Quand j'apprends ça, je vous assure que cela me redonne du courage. Bien à vous.

Du rêve à la réalité

Par moment ,on se prend à rêver de coups de baguette magique ... Mais vous avez raison ,rien ne vaut l'action et chaque pierre apportée à ce combat est précieuse. Merci .