Ce sont des entreprises florissantes, parmi les plus puissantes de l'espace démocratique, elles ont pour nom Yahoo, Google, Microsoft, et contribuent toutes à la censure chinoise. Pour justifier cette collaboration active, les entreprises concernées invoquent la nécessité de ne pas couper les Chinois du réseau mondial. Argument aussi fallacieux qu'irrecevable. Car la politique des concessions est devenue, et depuis longtemps, celle des compromissions. La société Yahoo a même aidé le gouvernement communiste a débusquer l'un de ses opposants, comme Reporters sans frontières l'a récemment prouvé... Face à une pratique déjà ancienne, aux poids des grandes sociétés américaines, les protestations des ONG ou des opposants au régime se perdent dans le tumulte du web où sévissent déjà  quelques millions de petits ego numérisés. Et puis, qui va se priver de Yahoo, de Microsoft ? Qui va pouvoir survivre sans Google ? En février dernier, les Tibétains en exil ont manifesté à Dharamsala, dans le Nord de l'Inde, contre la société californienne pour avoir accepté de censurer plusieurs mots sensibles tels que "Tibet", "Démocratie", "Dalaï Lama" ou "Taïwan" (sur le moteur de recherche Google.cn'). Le philosophe Alain Finkielkraut avait déjà attiré notre attention sur ces pratiques commerciales douteuses. Mais les Tibétains, les opposants chinois, les ONG, paraissent encore bien seuls. Les entreprises, il est vrai, ne sont pas des associations à vocation philanthropique. Il appartient cependant à toutes les composantes d'une société fondée sur des valeurs démocratiques de se fixer des limites. Ajourd'hui, alors que Google vient encore de franchir une étape dans la voie si tortueuse de la complicité, une question se pose inévitablement : Où se situe la frontière entre l'ouverture et le désaveu de nos propres valeurs, entre le respect que peut légitimement susciter l'évolution d'un pays comme la Chine et la connivence politique ? Il ne faut pas donner des leçons à la Chine, il ne faut pas l'humilier, nous explique-t-on. Certes, mais nous disons qu'avant cela, il ne faut pas assassiner des Tibétains ni torturer des prisonniers, et que l'humiliation des uns paraît nettement moins choquante que la mort des autres.
Voici l'extrait d'un article publié le 6 janvier 2006 par Reporter sans frontière sur ce thème :
"Reporters sans frontières a dénoncé, à plusieurs reprises, le fourvoiement éthique de certaines entreprises du secteur de l’Internet lorsqu’elles opèrent dans des pays répressifs. Voici quelques exemples qui nous préoccupent particulièrement :
  Yahoo ! accepte depuis 2002 de censurer les résultats de la version chinoise de son moteur de recherche, selon une blacklist fournie par les autorités de Pékin. Reporters sans frontières a par ailleurs récemment prouvé que cette entreprise avait aidé la police chinoise à identifier puis à condamner un journaliste qui critiquait les atteintes aux droits de l’homme dans son pays. Les serveurs d’e-mails de la branche chinoise de Yahoo ! sont basés en Chine.
  Microsoft censure la version chinoise de son outil de blog, MSN spaces. Sur cet outil, il est impossible de taper les mots "démocratie" ou "droits de l’homme en Chine", qui sont automatiquement rejetés par le système. Cette entreprise a par ailleurs procédé à la fermeture du blog d’un journaliste chinois suite à des pressions de la part du gouvernement de Pékin. Ce blog était hébergé sur des serveurs basés aux Etats-Unis.
  Google a retiré de la version chinoise de son outil de recherche d’actualité, Google News, toutes les sources d’informations censurées dans le pays.
  Secure Computing a vendu à la Tunisie la technologie qui lui permet de censurer les sites d’information indépendants, dont celui de Reporters sans frontières.
  Fortinet a vendu à la Birmanie le même type de logiciel.
  Cisco Systems a commercialisé des équipements spécifiquement conçus pour faciliter le travail de surveillance des communications de la police chinoise. Cette entreprise est également soupçonnée d’avoir formé des ingénieurs chinois à l’utilisation de ses produits pour censurer Internet." (1).
(1). Article de RSF du 6 janvier 2006.
Lien : voir aussi le site branchez-vous sur la réponse de Yahoo, idem sur la manifestation de Dharamsala et l'article de RSF sur google en Chine. Consultez aussi les récentes déclarations de la Secrétaire d'Etat Rama Yade sur les Jeux olympiques et les Droits de l'homme : 7s7.
Dimanche 23 mars 2008