Le droit de mourir

Chantal Sébire réclame le droit de mourir dans la dignité au milieu de ses enfants. Pourquoi veut-on le lui refuser ? Madame le Garde des Sceaux, Monsieur le Premier ministre se retranchent derrière la Loi Leonetti d’avril 2005, mais celle-ci, de l’aveu même de son auteur, ne concerne pas le cas de Madame Sébire, puisqu’il ne s’agit pas d’un accompagnement de fin de vie, mais d’une assistance au suicide. On invoque l’impossibilité de prendre en compte des cas particuliers, pourtant, c’est bien ce que l’on a fait en matière de droits des étrangers ou de rétention de sûreté.

Et puis, plus encore que le respect de la loi, un souci élémentaire d’humanité pourrait nous inspirer. Rachida Dati me semble faire preuve, en l’occurrence, d’une grande rigidité : "A titre personnel, a-t-elle déclaré ce matin sur France Inter, je considère que la médecine n'est pas là pour administrer des substances létales (…) Cette dame demande à la justice de pouvoir exonérer de la responsabilité pénale le médecin (...) Ce n'est pas notre droit. Nous avons fondé notre droit, et aussi bien la Convention européenne des droits de l'homme, sur le droit à la vie".

François Fillon s’est montré un peu plus souple, comme l’avocat de Chantal Sébire l’a remarqué lui-même, sans pourtant envisager d’accommodement susceptible de soulager l’enseignante de 52 ans.

Le Premier ministre considère curieusement que le placement en coma de Chantal Sébire serait la meilleure solution… Comment peut-on envisager sérieusement, humainement, dignement, une telle alternative ? Celle-ci ne ferait que prolonger de manière odieuse la torture de cette famille.

Je n’insisterai pas sur la réaction prévisible de Madame Christine Boutin qui, tout en dénonçant une prétendue instrumentalisation de la souffrance, s’empresse elle-même de dresser des épouvantails. "Si l'on fait sauter le verrou de donner le droit de donner la mort (sic), nous allons vers une société barbare", prévient-elle. "Il peut y avoir des dérapages qui justifieront de donner la mort" a-t-elle encore précisé sur les ondes de RMC info.

C’est de la présidence de la République que vient aujourd’hui la première ouverture avec la proposition de mettre en place un groupe d’experts médicaux capables d’aider Chantal Sébire à trouver une solution acceptable à son drame.

Accompagnement de fin de vie, suicide assisté, qu’importe aujourd’hui les mots, il faut soulager cette femme, il faut aider cette famille, il sera bien tant de poursuivre le débat ultérieurement. Je ne dis pas de l'occulter car il est essentiel. Mais nous devrons un jour sortir de l’hypocrisie actuelle et ne plus permettre que des médecins, qui abrègent les souffrances de leurs malades - et cela uniquement dans les cas les plus extrêmes - soient encore passibles des assises.

Liens : consulter le site d'Europe 1, le Point, les articles du Monde et du Nouvel Obs datés du 12 mars, les actualités de Yahoo (dépêche AFP du 13-3).

Jeudi 13 mars 2008.